Risque de chute chez les personnes âgées sous antihistaminiques sédants : stratégies de prévention

Risque de chute chez les personnes âgées sous antihistaminiques sédants : stratégies de prévention
18 janv., 2026
par Jacqueline Bronsema | janv., 18 2026 | Santé & Bien-être | 0 Commentaires

Chaque année, plus d’un quart des personnes âgées de 65 ans et plus tombent. Parmi ces chutes, certaines sont directement liées à des médicaments que beaucoup considèrent comme inoffensifs : les antihistaminiques sédants. Des médicaments comme la diphenhydramine (Benadryl), vendus en vente libre pour traiter les allergies ou l’insomnie, sont en réalité des dangers cachés pour la stabilité des seniors. Leur effet sur le système nerveux central ralentit les réflexes, trouble l’équilibre et augmente le risque de fracture. Et pourtant, ces médicaments sont encore prescrits ou pris spontanément par des milliers de personnes âgées, souvent sans qu’aucun professionnel ne les en ait averties.

Comment les antihistaminiques sédants augmentent le risque de chute

Les antihistaminiques de première génération - diphenhydramine, chlorphéniramine, bromphéniramine - traversent facilement la barrière hémato-encéphalique. Cela les rend efficaces contre les symptômes allergiques, mais aussi très sédants. Chez les personnes âgées, le métabolisme ralentit. La diphenhydramine, qui a une demi-vie de 8,5 heures chez un adulte jeune, peut durer jusqu’à 13,5 heures chez un senior. Les effets sédateurs atteignent leur pic entre 1 et 3 heures après la prise et peuvent persister 6 à 8 heures. Pendant ce temps, la coordination, la perception spatiale et la réactivité sont altérées. Résultat : une simple marche vers la salle de bain peut devenir un risque de chute.

Une étude de 2025 publiée dans le Journal of the American Geriatrics Society a suivi plus de 190 000 personnes âgées ayant consulté pour des vertiges. Parmi celles qui avaient pris un antihistaminique sédant, 8 % ont chuté et nécessité une prise en charge médicale dans les 60 jours suivants. Ce n’est pas une coïncidence. Les antihistaminiques de première génération ont un score élevé sur l’échelle de charge anticholinergique (3-4 sur 4), ce qui signifie qu’ils bloquent non seulement l’histamine, mais aussi l’acétylcholine, un neurotransmetteur essentiel pour la mémoire, la coordination et la fonction musculaire. C’est pourquoi ces médicaments sont classés comme « potentiellement inappropriés » pour les personnes âgées dans les critères de Beers de la Société américaine de gériatrie.

La différence entre première et deuxième génération

Les antihistaminiques de deuxième génération - loratadine (Claritin), cetirizine (Zyrtec), fexofénadine (Allegra) - ont été conçus pour ne pas traverser la barrière hémato-encéphalique. Ils agissent localement, sur les cellules allergiques, sans affecter le cerveau. Leur impact sur l’équilibre est négligeable. Une méta-analyse publiée dans Osteoporosis International en 2018 a montré que les antihistaminiques de première génération augmentent le risque de chute avec blessure de 54 %. Pour les antihistaminiques de deuxième génération, ce risque est pratiquement nul : une étude de 2025 a trouvé un risque quasi identique à celui des non-utilisateurs (HR 1,04).

Les différences sont aussi visibles dans les effets secondaires. La diphenhydramine provoque une somnolence chez 15 à 20 % des utilisateurs, des étourdissements chez 10 %, une sécheresse de la bouche chez 12 % et une vision floue chez 5 %. Pour la loratadine, la somnolence touche seulement 6 à 10 % des personnes âgées. La fexofénadine, la moins sédative de toutes, cause une somnolence chez seulement 6 % des seniors. Cela ne veut pas dire qu’ils sont parfaits - l’cetirizine peut encore provoquer de la fatigue chez certains - mais ils sont nettement plus sûrs.

Les stratégies concrètes pour réduire le risque

La prévention ne repose pas sur un seul geste, mais sur une combinaison de mesures. La première, et la plus efficace, est de remplacer les antihistaminiques de première génération par des alternatives plus sûres. Pour les allergies, la fexofénadine ou la loratadine sont des choix solides. Pour l’insomnie, il faut éviter la diphenhydramine à tout prix. La Société américaine de gériatrie recommande explicitement de ne pas l’utiliser pour dormir. Des solutions non médicamenteuses existent : hygiène du sommeil (horaires réguliers, pas de café après 14h, chambre sombre et fraîche), relaxation, ou même des thérapies cognitivo-comportementales.

La deuxième stratégie est de réduire la dose. Si un antihistaminique sédant est absolument nécessaire (par exemple, pour une urgence allergique), utiliser la dose la plus faible possible : 12,5 mg de diphenhydramine au lieu de 25 mg. Et le prendre le soir, jamais le matin. Cela limite l’exposition pendant les heures actives.

La troisième stratégie est de revoir tous les médicaments. Les personnes âgées prennent souvent plusieurs traitements : antihypertenseurs, anxiolytiques, antidouleurs, et antihistaminiques. Ensemble, ils créent un effet cumulatif. Un simple bilan médical annuel ne suffit pas. Il faut un examen approfondi, idéalement mené par un pharmacien. Les études montrent que les revues de médicaments par les pharmaciens réduisent le risque de chute de 26 %. Des programmes comme le « brown bag review » - où le patient apporte tous ses médicaments à la pharmacie - identifient en moyenne 3,2 médicaments à risque par personne âgée.

Pharmacien remettant un antihistaminique sûr à un aîné, tandis que les médicaments dangereux disparaissent en arrière-plan.

Des solutions non médicamenteuses pour soulager les allergies

Les allergies ne sont pas une fatalité. Il existe des moyens efficaces de les gérer sans médicaments. L’irrigation nasale saline réduit les symptômes de 35 à 40 %, selon une étude du JAMA Otolaryngology en 2022. Les housses anti-acariens pour les matelas et oreillers réduisent l’exposition aux allergènes de 83 %. Les filtres HEPA dans les pièces à vivre éliminent 99,97 % des particules allergènes en suspension dans l’air. Ces solutions sont peu coûteuses, sans effet secondaire, et peuvent être mises en place immédiatement.

Modifier l’environnement pour prévenir les chutes

Même si on supprime les médicaments à risque, l’environnement reste un facteur clé. Installer des barres d’appui dans la salle de bain réduit le risque de chute de 28 %. Améliorer l’éclairage - surtout dans les couloirs et les escaliers - diminue les chutes de 32 %. Retirer les tapis glissants, les câbles au sol, et les objets encombrants peut sauver des vies. Une étude de 2024 a montré que les seniors qui ont bénéficié d’une évaluation de leur domicile (par un ergothérapeute ou un travailleur social) ont vu leur risque de chute diminuer de 40 % en six mois.

Intérieur d'une maison adaptée pour prévenir les chutes : barres d'appui, filtre HEPA et revue des médicaments sur la table.

Les obstacles à la mise en œuvre

Malgré les preuves, les antihistaminiques sédants restent populaires. En 2024, la diphenhydramine a été l’un des trois somnifères en vente libre les plus vendus aux États-Unis chez les plus de 65 ans - 28,7 millions d’unités vendues. Les pharmaciens les vendent sans avertissement clair. Les médecins les prescrivent encore, par habitude. Une étude de 2019 a révélé que les dermatologues et les généralistes prescrivaient ces médicaments à des taux similaires chez les jeunes et les seniors, sans tenir compte des risques spécifiques. La FDA a exigé des étiquettes plus fortes en 2020, mais elles restent peu lisibles. Le message n’arrive pas.

La bonne nouvelle ? Les choses changent. Depuis 2024, la visite annuelle de prévention de Medicare inclut une évaluation obligatoire des médicaments à risque, y compris les antihistaminiques. La Société américaine de gériatrie a renforcé ses recommandations en 2025. Deux nouveaux antihistaminiques en phase II d’essai (AGS-2025-01 et FEX-AGE-101) montrent une réduction de 89 % de la somnolence comparée à la diphenhydramine. Ils pourraient arriver sur le marché d’ici 2028.

Que faire maintenant ?

Si vous ou un proche âgé prenez un antihistaminique en vente libre pour les allergies ou pour dormir, posez-vous ces questions :

  1. Le médicament contient-il de la diphenhydramine, chlorphéniramine ou bromphéniramine ?
  2. Est-ce que vous vous sentez plus fatigué, étourdi ou désorienté depuis que vous le prenez ?
  3. Avez-vous déjà chuté, même sans blessure ?
  4. Quelle est la dose et à quel moment de la journée le prenez-vous ?

Ne vous arrêtez pas là. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien. Apportez tous vos médicaments - y compris les compléments alimentaires - lors de votre prochaine consultation. Demandez : « Y a-t-il une alternative plus sûre ? »

La prévention des chutes ne se fait pas en un jour. Mais chaque médicament supprimé, chaque tapis enlevé, chaque filtre installé, diminue un peu plus le risque. Ce n’est pas une question de mode de vie. C’est une question de survie.

Les antihistaminiques en vente libre sont-ils sûrs pour les personnes âgées ?

Non, les antihistaminiques de première génération comme la diphenhydramine ne sont pas sûrs pour les personnes âgées. Ils augmentent le risque de chute, de confusion et de délire. Même s’ils sont en vente libre, ils ont des effets puissants sur le système nerveux central. Les alternatives de deuxième génération, comme la fexofénadine ou la loratadine, sont beaucoup plus sûres et doivent être privilégiées.

Pourquoi la diphenhydramine est-elle encore vendue sans avertissement clair ?

Malgré les preuves scientifiques, les fabricants de médicaments en vente libre ne sont pas tenus de modifier leur packaging pour les seniors. Les étiquettes actuelles mentionnent des contre-indications comme l’hypertension ou le glaucome, mais pas le risque de chute. La FDA a exigé des mises à jour en 2020, mais elles restent peu visibles. Les consommateurs les lisent rarement, et les professionnels de santé les ignorent souvent par habitude.

Quelle est la meilleure alternative à la diphenhydramine pour dormir ?

La meilleure alternative n’est pas un médicament. La plupart des troubles du sommeil chez les seniors viennent d’un rythme de sommeil déséquilibré, d’un manque d’exposition à la lumière naturelle ou d’une anxiété. Des mesures simples : se coucher et se lever à la même heure, éviter les écrans avant le lit, faire une promenade le matin, et limiter la caféine après 14h, sont bien plus efficaces et sans risque. Si nécessaire, la mélatonine à faible dose (0,5 à 1 mg) peut être une option, mais seulement sous surveillance médicale.

Un antihistaminique de deuxième génération peut-il encore causer des chutes ?

Très rarement. La fexofénadine et la loratadine n’ont pratiquement aucun effet sédant chez la plupart des personnes âgées. L’cetirizine peut causer une légère somnolence chez 14 % des seniors, donc elle doit être utilisée avec prudence. Mais par rapport à la diphenhydramine, le risque est 42 % plus faible. Pour les allergies, la fexofénadine est la meilleure option.

Comment faire une revue des médicaments à la maison ?

Prenez tous vos médicaments - comprimés, gélules, crèmes, gouttes, compléments - et mettez-les dans un sac. Notez la dose, la fréquence et la raison pour laquelle vous les prenez. Regardez les étiquettes : cherchez les noms comme « diphenhydramine », « chlorphéniramine », « hydroxyzine ». Si vous en trouvez, notez-le. Ensuite, rendez-vous chez votre médecin ou pharmacien avec ce sac. C’est ce qu’on appelle un « brown bag review ». C’est gratuit, rapide, et peut sauver une vie.