Quand les médicaments contre l’épilepsie annulent la pilule contraceptive
Vous prenez une pilule contraceptive et un anticonvulsivant ? Vous pourriez être en train de croire que vous êtes protégée contre une grossesse, alors que ce n’est pas le cas. Ce n’est pas une erreur de votre part - c’est un problème médical bien documenté, mais souvent ignoré. Des études montrent que certains anticonvulsivants réduisent l’efficacité des contraceptifs hormonaux jusqu’à 50 %. Et pourtant, beaucoup de femmes ne sont jamais informées de ce risque.
En France, comme aux États-Unis, environ 1,2 million de femmes en âge de procréer prennent des médicaments contre l’épilepsie. Parmi elles, 70 % sont concernées par la contraception. Pourtant, seulement 22 % ont reçu une information claire de leur gynécologue, et 35 % de leur neurologue. Ce vide de communication peut avoir des conséquences graves : grossesses non désirées, complications pendant la grossesse, et même des malformations congénitales chez le bébé.
Quels anticonvulsivants détruisent l’efficacité de la pilule ?
Tous les anticonvulsivants ne se comportent pas de la même manière. Certains sont de véritables « détrousseurs » de hormones contraceptives. Ceux qui posent le plus de problèmes sont les inducteurs d’enzymes hépatiques : ils accélèrent la dégradation des hormones dans le foie, avant même qu’elles n’aient pu agir.
- Carbamazépine (Tegretol)
- Oxcarbazépine (Trileptal)
- Phénytoïne (Dilantin)
- Phénobarbital
- Primidone (Mysoline)
- Felbamate (Felbatol)
- Topiramate (Topamax) - surtout à doses supérieures à 200 mg/jour
À titre d’exemple, la topiramate à 400 mg par jour peut réduire la concentration d’œstrogène dans le sang de 43 %. Cela signifie que même si vous prenez votre pilule tous les jours à la même heure, votre corps ne reçoit plus assez d’hormones pour empêcher l’ovulation. Des études ont montré que jusqu’à 18 % des femmes qui prennent ces médicaments ont déjà eu une grossesse non désirée, malgré une utilisation « parfaite » de la pilule.
Les contraceptifs qui ne fonctionnent plus
Les méthodes hormonales qui dépendent de l’absorption par le foie sont les plus vulnérables :
- Pilule combinée (œstrogène + progestatif)
- Anneau vaginal (NuvaRing)
- Plaquette contraceptive (Ortho Evra)
Le patch, bien qu’il passe par la peau, est aussi affecté : les hormones qu’il libère finissent par être métabolisées par le foie, comme celles de la pilule. Des femmes ont rapporté des saignements intermédiaires, une absence de règles, ou une grossesse inattendue - autant de signes qu’on attribue souvent à un « mauvais fonctionnement » de la méthode, alors que c’est le médicament contre l’épilepsie qui en est la cause.
Les alternatives sûres - ce qui fonctionne vraiment
Heureusement, toutes les options contraceptives ne sont pas perdues. Certaines restent efficaces, même avec les anticonvulsivants les plus puissants.
- Stérilet au lévonorgestrel (Mirena, Kyleena) : cette méthode locale délivre le progestatif directement dans l’utérus. Le foie n’a presque rien à faire. Les études montrent un taux de grossesse inférieur à 0,1 % par an, même avec la carbamazépine.
- Stérilet au cuivre (ParaGard) : pas d’hormones du tout. Il agit par un effet inflammatoire local, totalement indépendant du métabolisme hépatique.
- Injections de dépo-progestatif (Depo-Provera) : la dose est si élevée (150 mg tous les 3 mois) qu’elle surmonte la dégradation accélérée par le foie.
Les femmes qui ont switché de la pilule à un stérilet rapportent souvent une amélioration de leur qualité de vie : moins de saignements, plus de stabilité émotionnelle, et surtout, la certitude d’être protégées. Un témoignage sur un forum de Planned Parenthood résume bien cela : « Après avoir mis un Mirena, mes règles sont devenues régulières et je n’ai eu aucune augmentation de mes crises. »
La pilule de secours ? Elle aussi peut échouer
Si vous avez eu un rapport non protégé, vous pensez peut-être à la pilule du lendemain. Mais attention : elle aussi peut être rendue inefficace.
- Levonorgestrel (Plan B) : son efficacité est réduite d’environ 50 % si vous prenez un anticonvulsivant inducteur d’enzymes.
- Ulipristal (Ella) : même problème. Les études montrent qu’elle est moins efficace dans ce contexte.
La seule option fiable en cas d’urgence ? Le stérilet au cuivre. Il peut être posé jusqu’à 5 jours après un rapport non protégé, et il reste plus de 99 % efficace, quel que soit le médicament que vous prenez. Il ne s’agit pas d’une solution à long terme, mais d’un bouclier de dernier recours - et il fonctionne.
Le cas particulier de la lamotrigine
La lamotrigine est un anticonvulsivant très utilisé, notamment pour les épilepsies féminines. Mais elle a un comportement unique : elle n’affaiblit pas la pilule, c’est l’inverse. Les contraceptifs combinés réduisent de moitié la concentration de lamotrigine dans le sang. Ce qui signifie que vous risquez de voir vos crises réapparaître - même si vous prenez votre dose habituelle.
Et ce n’est pas tout : pendant la semaine sans pilule, la lamotrigine remonte brusquement de 30 à 40 %. Cela peut provoquer des effets secondaires comme des vertiges, des maux de tête, ou même des éruptions cutanées graves.
La solution ? Soit éviter les contraceptifs contenant de l’œstrogène, soit augmenter la dose de lamotrigine de 50 à 100 % sous surveillance médicale stricte. Certaines femmes utilisent des pilules continuées (sans pause) pour éviter les pics de concentration. Mais cela demande un suivi précis avec votre neurologue et votre gynécologue.
Les médicaments qui ne posent pas de problème
Si vous cherchez un anticonvulsivant qui ne perturbe pas la contraception, plusieurs options sont disponibles :
- Valproate (Depakote)
- Gabapentine (Neurontin)
- Pregabalin (Lyrica)
- Levetiracetam (Keppra)
Ces médicaments ne stimulent pas les enzymes du foie. Ils peuvent être utilisés en toute sécurité avec la pilule, le patch ou l’anneau. Pour les femmes qui doivent choisir entre plusieurs anticonvulsivants, cette information peut être décisive. Il ne s’agit pas seulement de contrôler les crises - c’est aussi de protéger votre capacité à planifier une grossesse.
Les nouvelles pistes : des options plus sûres à l’horizon
Les chercheurs travaillent sur des anticonvulsivants plus modernes qui n’interfèrent pas avec les hormones. Le perampanel (Fycompa) et le brivaracetam (Briviact) sont deux exemples prometteurs : ils n’induisent pas les enzymes hépatiques, ce qui les rend plus compatibles avec la contraception.
Parallèlement, des projets comme celui financé par la Fondation Bill & Melinda Gates explorent des contraceptifs non hormonaux, comme un gel vaginal qui bloque la fécondation sans toucher aux hormones. En phase animale, il a montré une efficacité de 99 %. Si les essais humains réussissent, cela pourrait changer la donne pour des millions de femmes.
Que faire maintenant ?
Si vous prenez un anticonvulsivant et que vous utilisez une méthode hormonale, voici ce qu’il faut faire sans attendre :
- Consultez votre neurologue et votre gynécologue ensemble - pas séparément. La coordination est essentielle.
- Identifiez quel anticonvulsivant vous prenez. Vérifiez s’il est un inducteur d’enzymes (liste ci-dessus).
- Si oui, échangez votre pilule, votre patch ou votre anneau contre un stérilet hormonal ou au cuivre. C’est la solution la plus fiable.
- Si vous prenez lamotrigine, parlez de l’ajustement de dose ou de l’abandon des œstrogènes.
- Ne comptez pas sur la pilule du lendemain. Préférez le stérilet au cuivre en urgence.
La bonne nouvelle ? Vous n’êtes pas obligée de choisir entre contrôler vos crises et éviter une grossesse. La science a déjà trouvé des solutions. Ce qu’il faut, c’est de l’information - et quelqu’un qui vous la donne.
La vérité que personne ne vous dit
Le problème n’est pas que les femmes sont irresponsables. Le problème, c’est que les médecins ne parlent pas assez. Une étude a révélé que 65 % des neurologues n’abordent jamais la contraception avec leurs patientes. Pourtant, la FDA exige que les notices de la carbamazépine mentionnent clairement : « Les contraceptifs contenant de l’œstrogène ou du progestatif peuvent être inefficaces en association avec Tegretol. »
Vous avez le droit de demander. Vous avez le droit de demander à voir les données. Vous avez le droit de demander une alternative. Votre corps, votre santé, votre futur - ils valent plus qu’un silence médical.
Puis-je continuer à prendre la pilule si je prends de la carbamazépine ?
Non, il est fortement déconseillé. La carbamazépine réduit les niveaux d’œstrogène et de progestatif de 15 à 60 %. Même une pilule à haute dose (50 mcg d’œstrogène) n’offre pas une protection fiable. Le risque de grossesse non désirée est trop élevé. Optez pour un stérilet au cuivre ou au lévonorgestrel.
La pilule du lendemain fonctionne-t-elle avec les anticonvulsivants ?
Pas de manière fiable. La pilule au lévonorgestrel (Plan B) perd environ 50 % de son efficacité. L’ulipristal (Ella) est aussi moins efficace. Le seul moyen sûr en urgence est le stérilet au cuivre, qui peut être posé jusqu’à 5 jours après le rapport non protégé.
Pourquoi mon gynécologue ne m’a-t-il rien dit ?
Beaucoup de gynécologues ne sont pas formés aux interactions entre neurologie et contraception. De même, les neurologues ne sont pas toujours formés à la santé reproductive. Ce manque de coordination est un problème systémique. Mais vous avez le droit de demander une consultation conjointe. Il existe désormais des outils de prise de décision partagée pour les médecins, lancés en 2024 par l’ACOG et l’Académie américaine de neurologie.
La pilule sans œstrogène (mini-pilule) est-elle plus sûre ?
Pas nécessairement. Même les mini-pilules (progestatifs purs) peuvent être métabolisées plus vite par les enzymes induites. Le stérilet reste la meilleure option. Si vous tenez à la pilule, privilégiez un progestatif à forte dose, comme le desogestrel, mais seulement après vérification avec votre médecin.
Si je veux tomber enceinte, dois-je arrêter mon anticonvulsivant ?
Absolument pas. Arrêter votre traitement peut provoquer des crises pendant la grossesse, ce qui est plus dangereux pour vous et votre bébé. Ce qu’il faut, c’est un plan de préconception : changer d’anticonvulsivant vers un médicament moins tératogène (comme la lévétiracétam), prendre de l’acide folique dès le début, et suivre un suivi médical strict. La grossesse est possible - mais elle doit être planifiée.
Nadine Porter
novembre 21, 2025 AT 19:03Il faudrait que les fiches de médicaments soient systématiquement mises à jour dans les dossiers patients, pas juste dans les notices en papier que personne ne lit.
James Sorenson
novembre 22, 2025 AT 20:43Fabien Galthie
novembre 23, 2025 AT 15:33Thibaut Bourgon
novembre 25, 2025 AT 00:11Sophie LE MOINE
novembre 26, 2025 AT 17:37Julien Saint Georges
novembre 28, 2025 AT 13:51Nathalie Garrigou
novembre 29, 2025 AT 20:03Bregt Timmerman
novembre 30, 2025 AT 23:52