Une fracture vertébrale douloureuse, causée par l’ostéoporose, un traumatisme ou un cancer, peut transformer votre quotidien en un calvaire. Marcher, s’asseoir, même respirer devient une épreuve. Les traitements classiques - repos, analgésiques, corsets - ne suffisent souvent pas. C’est là que la kyphoplastie et la vertébroplastie entrent en jeu : deux procédures mini-invasives qui offrent un soulagement rapide, souvent le jour même. En France comme aux États-Unis, plus de 100 000 de ces interventions sont réalisées chaque année. Mais quelle est la différence entre les deux ? Et laquelle choisir ?
Comment fonctionnent ces deux procédures ?
Les deux techniques visent à stabiliser une vertèbre fracturée en injectant du ciment médical, du polyméthylméthacrylate (PMMA), directement dans l’os endommagé. Elles se font sous guidance fluoroscopique, avec une anesthésie locale et une sédation, et durent entre 30 et 60 minutes. Le patient repart généralement chez lui le jour même.
La vertébroplastie est la plus simple : une aiguille est introduite par le dos, et le ciment est injecté directement dans la vertèbre sous pression (150-200 psi). Le ciment se répand dans les espaces poreux de l’os, comme du mortier dans une brique fissurée, et durcit en 10 à 20 minutes. C’est une méthode directe, efficace, et moins coûteuse.
La kyphoplastie, elle, ajoute une étape : avant d’injecter le ciment, un petit ballon (appelé « balloon tamp ») est inséré et gonflé à l’intérieur de la vertèbre. Ce ballon, gonflé à 200-300 psi, crée une cavité de 2 à 4 cm³ et peut redonner une partie de la hauteur perdue à la vertèbre. Une fois le ballon dégonflé et retiré, le ciment est injecté dans l’espace créé. Ce procédé réduit le risque de fuite de ciment et permet une correction partielle de la déformation en forme de bosse (cyphose).
Quelle différence réelle entre les deux ?
Beaucoup pensent que la kyphoplastie est « meilleure » que la vertébroplastie. Ce n’est pas aussi simple.
En termes de restauration de la hauteur, la kyphoplastie l’emporte : elle peut redonner 40 à 60 % de la hauteur perdue. Mais attention : une étude publiée dans Spine en 2007 montre que cette restauration diminue de 30 % après seulement 500 cycles de charge - ce qui signifie que le résultat n’est pas toujours durable.
En revanche, pour le soulagement de la douleur, les deux procédures sont presque identiques. Les patients passent d’une douleur moyenne de 8,2 sur 10 à 1,5 en moins de 24 heures, peu importe la technique utilisée. Les scores sur l’échelle visuelle analogique (VAS) ne montrent aucune différence significative.
La kyphoplastie réduit le risque de fuite de ciment : elle tombe à 9-33 % contre 27-68 % pour la vertébroplastie. Les complications graves - comme une embolie pulmonaire ou une compression nerveuse - sont rares, mais un peu plus fréquentes avec la vertébroplastie (1,1 % contre 0,6 %).
Le prix, lui, n’est pas négligeable. En 2023, la kyphoplastie coûte environ 20 à 30 % plus cher que la vertébroplastie. Aux États-Unis, la remboursement Medicare est de 3 850 $ contre 2 950 $. En France, les différences de tarification existent aussi, et les mutuelles prennent souvent en charge les deux procédures, mais avec des conditions spécifiques.
Qui est concerné ? Quand choisir l’une ou l’autre ?
Les deux interventions sont réservées aux fractures vertébrales récentes (moins de 6 semaines) et douloureuses, qui n’ont pas répondu à un traitement conservateur (repos, antalgiques, kinésithérapie). L’IRM doit confirmer un œdème médullaire - signe que la fracture est encore active.
Si vous avez une fracture avec une déformation importante (plus de 30 % de perte de hauteur) ou une cyphose visible, la kyphoplastie est souvent préférée. Elle peut aider à redresser la colonne, ce qui améliore non seulement la douleur, mais aussi l’équilibre et la capacité à se tenir droit.
Si la fracture est stable, sans déformation marquée, la vertébroplastie est une excellente option. Elle est plus rapide, moins chère, et offre le même soulagement de la douleur. Pour les patients âgés avec une ostéoporose sévère, c’est souvent la meilleure valeur.
Les experts ne sont pas unanimes. Le Dr John Kallmes, co-inventeur de la kyphoplastie, admet que « la restauration de la hauteur n’a pas forcément un impact clinique majeur ». Le Dr Richard Jensen, lui, conclut dans une étude de 2019 que « la vertébroplastie est plus rentable pour les systèmes de santé ».
Et les patients ? Que disent-ils ?
Sur les plateformes comme Healthgrades ou Reddit, les retours sont très positifs. 86 à 89 % des patients déclarent un soulagement immédiat. Un patient sur Reddit écrit : « J’étais à 9/10 de douleur. Quinze minutes après, j’étais à 2/10. C’était comme un interrupteur. »
Un autre, qui a eu une vertébroplastie, note : « La douleur a baissé, mais ma bosse, elle, est toujours là. » C’est un point clé : la vertébroplastie ne corrige pas la déformation. Si l’apparence ou la posture vous préoccupent, la kyphoplastie est plus adaptée.
Les effets secondaires les plus fréquents sont la douleur résiduelle (10-15 % des cas) et, plus rarement, une nouvelle fracture sur une vertèbre voisine dans les 12 mois suivants (5-10 % des cas). La plupart des patients arrêtent leurs opioïdes dans la semaine. 92 % retrouvent leurs activités normales en 72 heures.
Qui peut faire ces interventions ?
Ces procédures sont réalisées par des radiologues interventionnels ou des chirurgiens orthopédistes formés spécifiquement. La Société de radiologie interventionnelle recommande au moins 15 à 20 cas supervisés pour atteindre la compétence. La kyphoplastie demande un peu plus de pratique - environ 25 cas - à cause de la manipulation délicate des ballons.
En France, ces interventions sont disponibles dans les centres hospitaliers universitaires et les cliniques spécialisées en imagerie interventionnelle. Le parcours est bien encadré : un avis de rhumatologue ou de médecin traitant, une IRM récente, et une évaluation de la douleur et de la mobilité.
Quels sont les risques ?
Les complications graves sont rares, mais existent :
- Fuite de ciment (plus fréquente en vertébroplastie)
- Embolie pulmonaire (si le ciment atteint les vaisseaux)
- Infection (moins de 1 %)
- Nouvelle fracture vertébrale dans les mois suivants
- Réaction au ciment (très rare)
Le risque d’embolie pulmonaire est estimé à 0,3 % pour la kyphoplastie et 0,5 % pour la vertébroplastie. La plupart des fuites de ciment sont asymptomatiques et ne nécessitent aucun traitement. Les complications symptomatiques sont exceptionnelles.
Et maintenant ? Où va la médecine ?
Les innovations arrivent. En mars 2023, la FDA a approuvé un nouveau système de ballon de Medtronic, plus précis, avec un ciment en phosphate de calcium qui imite mieux l’os et génère moins de chaleur. Cela pourrait réduire les risques de brûlure osseuse.
Le essai clinique Vertos II, publié en janvier 2023 dans The Lancet, montre que faire l’intervention dans les deux semaines suivant la fracture réduit la mortalité à 12 mois de 28 % par rapport au traitement conservateur. C’est une révolution : ces procédures ne traitent pas seulement la douleur - elles sauvent des vies.
Le marché mondial des augmentations vertébrales devrait passer de 1,24 milliard de dollars en 2022 à 2,17 milliards en 2029. La kyphoplastie devrait représenter 75 % des interventions d’ici 2028, malgré son coût plus élevé, car elle est perçue comme plus sûre.
Et la population vieillit. En France, 1 femme sur 4 après 50 ans a une fracture vertébrale liée à l’ostéoporose. Ce chiffre monte à 40 % après 80 ans. La demande ne fera que croître.
Que faire si vous avez une fracture vertébrale ?
Ne restez pas dans la douleur. Si vous avez une fracture récente et que les traitements classiques n’ont pas aidé :
- Consultez un rhumatologue ou un médecin traitant pour une évaluation.
- Demandez une IRM de la colonne vertébrale pour confirmer la fraîcheur de la fracture.
- Si la fracture est active et douloureuse, demandez une consultation en imagerie interventionnelle.
- Discutez avec le radiologue : vertébroplastie ou kyphoplastie ? Selon votre âge, votre mobilité, votre déformation, et vos attentes.
- Ne reportez pas. Plus tôt vous agissez, plus le résultat est bon - et plus vous réduisez les risques de complications à long terme.
Il n’y a pas de « meilleure » technique. Il y a la meilleure pour vous. Et dans la plupart des cas, l’une ou l’autre vous redonnera la vie que vous aviez perdue - sans chirurgie majeure, sans longue convalescence, sans dépendance aux opioïdes.
La kyphoplastie corrige-t-elle vraiment la bosse du dos ?
Oui, dans une certaine mesure. La kyphoplastie peut restaurer 40 à 60 % de la hauteur perdue de la vertèbre, ce qui réduit la courbure du dos. Mais cette correction diminue légèrement avec le temps. Elle n’élimine pas complètement la bosse, surtout si la déformation est ancienne ou sévère. Pour les patients jeunes ou actifs, c’est souvent suffisant pour améliorer la posture et la confiance en soi.
La vertébroplastie est-elle dangereuse ?
Pas plus qu’une ponction lombaire. Les complications graves sont rares (moins de 1 %). Le risque principal est la fuite de ciment, qui se produit dans 27 à 68 % des cas, mais la majorité de ces fuites ne causent aucun symptôme. Les risques d’embolie ou de compression nerveuse sont extrêmement faibles. La vertébroplastie est une procédure bien maîtrisée depuis plus de 30 ans.
Combien de temps dure le soulagement ?
Le soulagement de la douleur est immédiat dans la majorité des cas. Il dure en moyenne plusieurs années, voire plus de 5 ans. Cependant, comme l’ostéoporose continue d’affaiblir les os, une nouvelle fracture peut survenir ailleurs. C’est pourquoi un traitement de fond contre l’ostéoporose (biphosphonates, denosumab, etc.) est indispensable après la procédure.
Est-ce que la sécurité est garantie en France ?
Oui. Les procédures sont strictement encadrées par les autorités sanitaires françaises. Seuls les centres agréés peuvent les pratiquer, et les médecins doivent avoir une formation spécifique. Les équipements utilisés sont homologués par l’ANSM. Le taux de complications est comparable à celui des pays anglo-saxons, voire légèrement inférieur en raison de protocoles plus rigoureux.
Puis-je éviter la chirurgie en prenant des médicaments ?
Les médicaments contre l’ostéoporose (comme les biphosphonates) empêchent de nouvelles fractures, mais ne soulagent pas la douleur d’une fracture déjà présente. Ils ne réparent pas l’os cassé. Pour une fracture douloureuse, la vertébroplastie ou la kyphoplastie sont les seules options qui offrent un soulagement rapide et durable. Les médicaments sont complémentaires, pas alternatifs.