Pneumothorax : symptômes et soins d'urgence d'un poumon effondré

Pneumothorax : symptômes et soins d'urgence d'un poumon effondré
22 janv., 2026
par Jacqueline Bronsema | janv., 22 2026 | Santé & Bien-être | 10 Commentaires

Quand un poumon se dégonfle : ce qu’il faut savoir en urgence

Imaginez votre poumon comme un ballon rempli d’air. Maintenant, imaginez qu’un trou se forme à l’extérieur, et que l’air s’échappe entre le poumon et la cage thoracique. Le ballon commence à s’effondrer. C’est ce qu’on appelle un pneumothorax. Ce n’est pas une simple gêne respiratoire. C’est une urgence médicale qui peut tuer en quelques minutes si elle n’est pas traitée. Et pourtant, beaucoup la confondent avec une crise d’angoisse ou une simple douleur musculaire.

Le pneumothorax survient quand de l’air s’infiltre dans l’espace pleural - l’espace entre le poumon et la paroi thoracique. Ce qui devrait être un vide presque parfait devient rempli d’air. Et cet air exerce une pression qui empêche le poumon de se dilater normalement. Résultat : vous ne pouvez plus respirer comme avant. Ce n’est pas une question de « je me sens un peu essoufflé ». C’est une perte brutale de capacité pulmonaire. Et elle peut arriver à n’importe qui, même à un jeune en bonne santé.

Les signes qui ne trompent pas : ce que vous ressentez vraiment

Le symptôme le plus fiable ? Une douleur thoracique soudaine, aiguë, comme une lame qui vous transperce le côté. Ce n’est pas une douleur sourde ou diffuse. C’est une douleur pleurétique : elle s’aggrave quand vous inspirez profondément, quand vous toussez, ou même quand vous vous étirez. Elle est souvent localisée sur un seul côté - à droite ou à gauche - et peut irradier vers l’épaule du même côté. Des études montrent que 92 % des cas de pneumothorax présentent cette irradiation vers l’épaule.

Ensuite vient l’essoufflement. Pas l’essoufflement après un effort, mais l’essoufflement au repos. Si vous avez perdu plus de 30 % de votre capacité pulmonaire, vous aurez du mal à parler en phrases complètes. Vous sentirez que l’air ne rentre pas assez. Dans 85 à 92 % des cas, cet essoufflement est présent. Chez les personnes âgées ou celles ayant une maladie pulmonaire préexistante, il peut être beaucoup plus sévère, même avec une petite fuite d’air.

Les signes physiques, eux, sont détectables par un professionnel : absence de bruit respiratoire du côté affecté, hyperrésonance au percement (quand on tapote la poitrine, ça sonne creux comme un tambour), et une diminution de la vibration tactile (fremitus) au toucher. Ces signes sont présents dans plus de 98 % des cas confirmés. Mais attention : vous ne les ressentez pas vous-même. Ce sont des indices pour les médecins.

Le pneumothorax tendu : une urgence vitale

Le pneumothorax simple est grave. Le pneumothorax tendu est une catastrophe. C’est quand l’air continue d’entrer dans l’espace pleural, mais ne peut plus en ressortir. C’est comme un ballon qui se gonfle à l’intérieur de votre cage thoracique, et qui finit par comprimer le cœur et les autres poumons.

Les signes sont clairs : une fréquence cardiaque supérieure à 134 battements par minute, une pression artérielle inférieure à 90 mmHg, une saturation en oxygène sous les 90 % même en respirant l’air ambiant, et parfois une déviation de la trachée vers l’autre côté. Ce dernier signe n’apparaît que dans 32 % des cas - donc ne pas l’attendre pour agir.

Chaque minute compte. Les directives de l’American Heart Association disent clairement : si un patient est en détresse respiratoire, hypotendu ou cyanosé, il faut faire une décompression par aiguille immédiatement, avant même de faire une radiographie. Attendre pour confirmer peut coûter la vie. Ce n’est pas une hypothèse. C’est une réalité documentée dans des études de traumatologie.

Un médecin décompresse un pneumothorax tendu avec une aiguille en urgence, en présence d'oxygène.

Comment on diagnostique un pneumothorax ?

La radiographie thoracique reste le premier outil. Elle détecte 85 à 94 % des cas. Mais elle échoue souvent chez les patients allongés - ce qui est courant après un accident. Dans ces cas, elle peut passer à 40 % de sensibilité. C’est pourquoi, dans les services d’urgence, on utilise de plus en plus l’échographie thoracique, appelée E-FAST.

L’échographie, quand elle est bien faite, détecte 94 % des pneumothorax avec une spécificité de 100 %. Le « point pulmonaire » - ce point où la membrane pulmonaire redevient visible - est un indicateur fiable. Mais il faut de l’expérience. Un médecin formé le voit. Un novice, pas forcément. C’est pour ça qu’on combine souvent l’échographie et la radiographie.

Le scanner thoracique est le plus précis : il voit même 50 mL d’air. Mais il est plus lent, plus cher, et expose à des rayonnements. On l’utilise surtout quand on doute, ou quand le patient doit être ventilé mécaniquement. Dans ce cas, un pneumothorax occulte - invisible à la radiographie - peut se transformer en pneumothorax tendu en moins d’une heure.

Que fait-on en urgence ?

La réponse dépend de la gravité.

Si c’est un petit pneumothorax (moins de 2 cm de rim d’air sur la radiographie, ou moins de 30 % de collapse) chez un jeune en bonne santé, on peut juste surveiller. On donne de l’oxygène à débit élevé - 10 à 15 litres par minute via un masque non réspiratoire. L’oxygène accélère l’absorption de l’air par le corps. Au lieu de 1,25 % par heure, on passe à 4,2 %. En 14 jours, 82 % des cas se résorbent spontanément.

Si c’est plus grand, ou si vous êtes essoufflé, on fait une aspiration avec une aiguille. Ça marche dans 65 % des cas. Si ça ne marche pas, ou si le pneumothorax est secondaire (lié à une maladie comme la BPCO), on pose un drain thoracique. C’est un tube de 28F qu’on introduit entre les côtes. Il évacue l’air. C’est plus invasif, mais il réussit dans 92 % des cas.

En cas de pneumothorax tendu, on ne discute pas. On pique. On décompresse. On fait une aiguille dans la 2e intercostale, au niveau de la ligne médio-claviculaire. C’est une intervention de survie. Pas une option. Pas une décision. Une obligation.

Poumons d'un fumeur comparés à un poumon sain, montrant des bulles cassées et un symbole d'arrêt du tabac.

Et après ? Prévenir les récidives

Le pneumothorax a une fâcheuse tendance à revenir. Environ 15 à 40 % des personnes en refont un dans les deux ans. Et si vous êtes fumeur ? Votre risque est multiplié par 22. Arrêter de fumer réduit ce risque de 77 % en un an. C’est la mesure la plus efficace que vous puissiez prendre.

Les hommes, les personnes de grande taille, et celles ayant déjà eu un pneumothorax sont plus à risque. Si vous en avez eu deux du même côté, votre risque de récidive passe à 62 %. Dans ce cas, la chirurgie est recommandée. La chirurgie thoracoscopique (VATS) enlève les bulles et fait une pleuropexie. Elle réduit le risque de récidive à 3-5 %. C’est la solution définitive.

Évitez les voyages en avion pendant 2 à 3 semaines après un pneumothorax. L’air dans la cabine se dilate à haute altitude, et peut faire réapparaître la fuite. Et ne plongez jamais en scaphandre sans chirurgie préalable. Le risque de récidive pendant une plongée est de 12,3 %.

Quand retourner aux urgences ?

Vous avez été traité. Vous êtes rentré chez vous. Mais vous devez rester vigilant. Retournez immédiatement aux urgences si vous avez :

  • Une douleur thoracique soudaine et plus intense qu’avant (présent dans 94 % des récidives)
  • Une cyanose - vos lèvres ou vos doigts deviennent bleus
  • Vous ne pouvez plus parler en phrases complètes - vous êtes à bout de souffle

Il n’y a pas de place pour l’attente. Ces signes veulent dire que votre poumon recommence à s’effondrer. Appeler le 15 ou le 112 est la seule bonne décision.

La clé : agir vite, ne pas attendre

Le pneumothorax n’est pas une maladie qu’on peut ignorer. Ce n’est pas une douleur qu’on peut « laisser passer ». Chaque minute de retard augmente le risque de complications de 7,2 %. Et si vous avez une maladie pulmonaire sous-jacente, la mortalité atteint 16,2 % dans l’année.

La bonne nouvelle ? Si vous reconnaissez les symptômes à temps, et si vous êtes traité rapidement, vous avez de très bonnes chances de vous en sortir sans séquelle. La clé, c’est de ne pas hésiter. Si vous avez une douleur thoracique aiguë avec essoufflement, ne cherchez pas sur Google. Ne prenez pas un anti-inflammatoire. Allez aux urgences. Dites clairement : « Je pense avoir un pneumothorax. »

C’est la seule façon d’éviter que ce qui commence comme une douleur se transforme en urgence vitale.

Un pneumothorax peut-il arriver à une personne en bonne santé ?

Oui. Le pneumothorax spontané primaire touche souvent des jeunes adultes en bonne santé, en particulier les hommes de grande taille. Il n’y a pas toujours de maladie pulmonaire sous-jacente. Il est causé par la rupture spontanée de petites bulles d’air (bulla) à la surface du poumon. Ce n’est pas lié à un traumatisme ou à un effort violent.

L’oxygène aide-t-il vraiment à guérir un pneumothorax ?

Oui. L’oxygène à débit élevé (10 à 15 L/min) augmente la vitesse d’absorption de l’air dans l’espace pleural. Au lieu de 1,25 % par heure, il passe à 4,2 %. Cela permet aux petits pneumothorax de se résorber plus vite, souvent sans besoin de drainage. C’est une méthode simple, sans risque, et très efficace.

Faut-il toujours faire une radiographie avant de traiter ?

Non. En cas de pneumothorax tendu, la décompression doit être faite immédiatement, sur la base du diagnostic clinique : hypotension, tachycardie, détresse respiratoire. Attendre une radiographie peut être mortel. La radiographie sert à confirmer, pas à décider de l’urgence.

Pourquoi les fumeurs ont-ils un risque si élevé ?

La fumée de cigarette endommage les tissus pulmonaires et favorise la formation de bulles d’air (bulla) à la surface des poumons. Ces bulles sont fragiles. Elles peuvent se rompre même sans traumatisme. Les fumeurs ont un risque 22 fois plus élevé de pneumothorax que les non-fumeurs. Arrêter de fumer réduit ce risque de 77 % en un an.

Peut-on reprendre le sport après un pneumothorax ?

Oui, mais avec prudence. Il faut attendre que le poumon soit complètement réparé, vérifié par une radiographie à 4-6 semaines. Pour les sports d’effort intense ou à pression variable (plongée, escalade, haltérophilie), il faut une chirurgie préventive. Sans cela, le risque de récidive est trop élevé.

10 Commentaires

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    jean-baptiste Latour

    janvier 22, 2026 AT 21:42
    Ce post est une bombe 🚨 J'ai lu ça en 5 min et j'ai eu peur de respirer... Merci pour cette alerte vitale. On se croit invincible à 25 ans, mais non.
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    Andre Esin

    janvier 23, 2026 AT 13:55
    J'ai eu un pneumothorax à 22 ans sans raison. J'ai cru à une crise d'angoisse. J'ai attendu 3 jours avant d'aller aux urgences. Si j'avais lu ça avant... Je recommande à tout le monde de le sauvegarder. C'est une notice de survie.
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    Fleur D'Sylva

    janvier 25, 2026 AT 09:38
    La vie est fragile, et pourtant on ignore les signaux du corps jusqu'au moment où il crie. Ce texte ne parle pas seulement de poumons. Il parle de l'urgence de nous écouter.
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    Colin Cressent

    janvier 26, 2026 AT 17:38
    Cela semble très technique. Je ne comprends pas tout. Mais je vais juste dire : si vous avez mal à la poitrine, allez chez le médecin. Point.
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    Arsene Lupin

    janvier 28, 2026 AT 09:46
    Encore un article qui fait peur pour vendre des scanners et des drains. Et si on arrêtait de paniquer pour tout ? Moi j'ai eu une douleur au côté à 18 ans, j'ai respiré profondément, et ça a passé. Pas besoin de faire un film.
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    Olivier Haag

    janvier 30, 2026 AT 08:16
    J'ai lu ton truc. T'es médecin ? Parce que j'ai un pote qui a fait un pneumothorax et il a dit que l'oxygène ça servait à rien. Il a pris un paracétamol et ça a marché. Donc... t'es sûr ? J'ai des doutes. Et ton truc est trop long. J'ai zappé la moitié.
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    Xavier Lasso

    février 1, 2026 AT 02:45
    À ceux qui disent 'c'est juste une douleur' : vous avez déjà essayé de parler en phrases complètes quand votre poumon s'effondre ? Non ? Alors taisez-vous. Ce post est une lifeline. Partagez-le à vos potes qui fument, qui font du sport extrême, ou qui croient que la santé c'est 'ça va passer'.
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    Mats Schoumakers

    février 1, 2026 AT 07:25
    En France, on attend toujours trop longtemps avant d'agir. Dans les pays du Nord, on décompresse à la première goutte de sueur. Ici, on fait un bilan, une prise de sang, une consultation, et après 4 heures on se rend compte que le poumon est complètement collapé. C'est une honte nationale.
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    Nathalie Vaandrager

    février 2, 2026 AT 04:42
    Je suis infirmière en urgences. J'ai vu des jeunes de 19 ans arriver en arrêt cardiaque parce qu'ils ont attendu 8 heures. Ce post est la vérité. Je le donne à chaque patient qui sort. Et je le mets en affiche dans le service. Pas de jargon. Pas de peur. Juste la réalité. Merci.
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    Manon Friedli

    février 3, 2026 AT 15:45
    Mon frère a eu un pneumothorax en plongée. Il a failli mourir. On a appris trop tard. Maintenant, il a fait la chirurgie. Il ne plonge plus. Mais il respire. Et c'est ça le plus important. Ce post, je l'ai envoyé à toute ma famille. Merci.

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