Si vous prenez un antidépresseur depuis plusieurs mois, vous avez peut-être entendu parler d’un risque peu connu : la prolongation de l’intervalle QT. Ce n’est pas une complication courante, mais elle peut être grave. Deux médicaments très prescrits - le citalopram et l’escitalopram - sont concernés. Et leur sécurité dépend fortement de la dose et de votre âge.
Qu’est-ce que l’intervalle QT, et pourquoi ça compte ?
L’intervalle QT est une mesure faite sur un électrocardiogramme (ECG). Il indique combien de temps prend le cœur pour se recharger entre deux battements. Si cet intervalle devient trop long, le cœur peut entrer en rythme anarchique, comme la Torsade de Pointes, une forme de tachycardie ventriculaire qui peut provoquer un arrêt cardiaque soudain.
Ce n’est pas une alerte pour tout le monde. Mais chez certaines personnes - surtout les plus âgées, celles avec un cœur déjà fragilisé, ou celles qui prennent plusieurs médicaments à la fois - ce risque devient réel. Et c’est ici que le citalopram et l’escitalopram entrent en jeu.
La différence entre citalopram et escitalopram
Le citalopram est un mélange de deux molécules (enantiomères), alors que l’escitalopram, lui, ne contient que la forme active : le S-enantiomère. Cela signifie que l’escitalopram est plus puissant à dose égale. Vous en prenez 10 mg, vous obtenez le même effet qu’avec 20 mg de citalopram.
Mais cette différence a aussi un impact sur le cœur. Les études montrent que le citalopram allonge davantage l’intervalle QT que l’escitalopram. À 60 mg par jour, le citalopram peut allonger l’intervalle QT de 18,5 ms en moyenne. À la même dose, l’escitalopram ne l’allonge que de 10,7 ms. Ce n’est pas une petite différence. C’est une différence qui a changé les recommandations.
Les limites de dose imposées par les autorités
En 2011, après des analyses de milliers de cas, les agences de santé du monde entier ont réagi. La FDA aux États-Unis, l’MHRA au Royaume-Uni, et Medsafe en Nouvelle-Zélande ont toutes imposé des limites strictes.
Pour le citalopram :
- Maximum 20 mg/jour pour les patients de plus de 65 ans
- Maximum 40 mg/jour pour les adultes plus jeunes
Pour l’escitalopram :
- Maximum 10 mg/jour pour les patients de plus de 65 ans
- Maximum 20 mg/jour pour les adultes plus jeunes
En France, ces limites sont intégrées dans les notices officielles. Les médecins ne doivent plus prescrire 60 mg de citalopram, même si cela se faisait parfois il y a dix ans. Pourquoi ? Parce que les données ne mentent pas : au-delà de 40 mg, le risque augmente de façon exponentielle.
Qui est le plus à risque ?
Le risque de prolongation du QT ne touche pas tout le monde de la même façon. Voici les situations où il faut être particulièrement vigilant :
- Les personnes âgées de plus de 65 ans : leur foie et leurs reins éliminent moins bien les médicaments, ce qui augmente la concentration dans le sang.
- Les personnes ayant déjà un QT prolongé à l’ECG, même légèrement.
- Celles qui souffrent de bradycardie (pouls lent), d’insuffisance cardiaque, ou d’un infarctus récent.
- Les patients avec des taux bas de potassium ou de magnésium dans le sang - souvent causés par des diurétiques ou une mauvaise alimentation.
- Ceux qui prennent d’autres médicaments qui allongent aussi le QT : certains antibiotiques (macrolides, quinolones), antifongiques, antipsychotiques, ou même certains anti-nauséeux.
Si vous êtes dans l’une de ces catégories, votre médecin doit absolument vérifier votre ECG avant de vous prescrire l’un de ces deux antidépresseurs. Et il doit surveiller régulièrement, surtout si vous êtes sur une dose plus élevée.
Et les autres antidépresseurs ?
Le citalopram et l’escitalopram ne sont pas les seuls à poser problème. Les antidépresseurs tricycliques comme l’amitriptyline ou le maprotiline ont aussi un risque de prolongation du QT, souvent plus élevé. Mais la plupart des autres antidépresseurs de la famille des ISRS - comme la fluoxétine, la sertraline ou la paroxétine - ont un risque très faible, voire négligeable.
Les ISNR, comme la venlafaxine, peuvent aussi poser problème, surtout en cas de surdosage ou chez les personnes âgées. Mais à doses habituelles, leur profil est plus sûr que celui du citalopram.
C’est pourquoi, dans la pratique, de nombreux psychiatres préfèrent aujourd’hui prescrire la sertraline ou la fluoxétine chez les patients à risque cardiaque. L’escitalopram reste une bonne option si le citalopram est contre-indiqué - mais seulement à dose réduite.
Les études disent : le risque est faible, mais réel
Est-ce que tout le monde va avoir une crise cardiaque en prenant 40 mg de citalopram ? Non. La plupart des patients tolèrent bien ces médicaments. Des études montrent que les effets cardiaques graves sont rares - moins d’un cas pour 10 000 patients par an.
Mais « rare » ne veut pas dire « impossible ». Et quand ça arrive, c’est souvent mortel. C’est pour ça que les autorités ont choisi la prévention : limiter les doses, évaluer les risques, et surveiller. Ce n’est pas une mesure exagérée. C’est une mesure raisonnable.
Une étude publiée en 2023 dans une revue médicale a comparé les patients avant et après les restrictions de 2011. Résultat : le nombre d’hospitalisations pour troubles du rythme a diminué de 37 % chez les patients traités par citalopram. Ce n’est pas une coïncidence. C’est la preuve que les limites de dose sauvent des vies.
Que faire si vous prenez déjà l’un de ces médicaments ?
Ne l’arrêtez pas vous-même. Un arrêt brutal peut provoquer des symptômes de sevrage violents : anxiété, vertiges, nausées, troubles du sommeil. Ce n’est pas plus sûr.
Si vous prenez :
- Plus de 20 mg de citalopram et vous avez plus de 65 ans → demandez à votre médecin de réduire la dose.
- Plus de 40 mg de citalopram et vous êtes plus jeune → vérifiez si cette dose est vraiment nécessaire.
- Plus de 10 mg d’escitalopram et vous avez plus de 65 ans → demandez un avis.
Si vous avez des antécédents cardiaques, demandez un ECG. Si vous avez déjà eu un trouble du rythme, ou si vous prenez d’autres médicaments, parlez-en à votre médecin. Il peut choisir un autre antidépresseur, ou adapter votre traitement.
Conclusion : un traitement sûr, mais pas sans vigilance
Le citalopram et l’escitalopram restent des antidépresseurs efficaces. Ils aident des millions de personnes à retrouver une vie normale. Mais leur sécurité dépend d’une chose : le respect des limites de dose.
La médecine moderne ne consiste plus à prescrire « au maximum ». Elle consiste à prescrire « au juste ». Pour les plus vulnérables, c’est une question de vie ou de mort. Pour les autres, c’est une question de prudence.
Si vous avez des doutes, demandez un ECG. Vérifiez votre dose. Parlez à votre médecin. Ce n’est pas une urgence. Mais c’est une étape indispensable pour rester en sécurité.
Le citalopram est-il plus dangereux que l’escitalopram pour le cœur ?
Oui, à dose égale, le citalopram prolonge davantage l’intervalle QT que l’escitalopram. À 60 mg, il allonge le QT de 18,5 ms en moyenne, contre 10,7 ms pour l’escitalopram à 30 mg. C’est pourquoi les autorités recommandent de limiter le citalopram à 40 mg/jour et l’escitalopram à 20 mg/jour chez les adultes. L’escitalopram est souvent préféré chez les patients à risque cardiaque.
À quel moment faut-il faire un électrocardiogramme (ECG) ?
Un ECG est recommandé avant de commencer le traitement si vous avez plus de 65 ans, si vous avez un antécédent cardiaque, si vous prenez d’autres médicaments qui allongent le QT, ou si vous avez des troubles électrolytiques (potassium ou magnésium bas). Il est aussi conseillé après 2 à 4 semaines de traitement à dose élevée, et si des symptômes apparaissent comme des étourdissements, des palpitations ou une perte de conscience.
Puis-je prendre du citalopram si j’ai déjà eu une arythmie ?
Non. Si vous avez déjà eu une arythmie comme la Torsade de Pointes, un trouble du rythme ventriculaire ou un arrêt cardiaque, le citalopram et l’escitalopram sont contre-indiqués. Votre médecin devra choisir un autre antidépresseur, comme la sertraline ou la fluoxétine, qui ont un profil cardiaque beaucoup plus sûr.
Les médicaments génériques sont-ils aussi dangereux ?
Oui. Les génériques de citalopram et d’escitalopram contiennent les mêmes molécules actives que les marques. Le risque de prolongation du QT est identique. Ce qui compte, c’est la dose et votre état de santé, pas le nom du fabricant. Ne confondez pas « moins cher » avec « plus sûr ».
Est-ce que la prolongation du QT est réversible ?
Oui. Dès que la dose est réduite ou que le médicament est arrêté, l’intervalle QT revient à la normale chez la plupart des patients, en quelques jours à quelques semaines. C’est pourquoi il est crucial de ne pas attendre qu’un événement grave se produise pour agir. Une simple réduction de dose peut éliminer le risque.
Julien Weltz
novembre 18, 2025 AT 20:48Je prends 20 mg de citalopram depuis 3 ans. Mon cardiologue m’a fait un ECG il y a 2 mois. Tout était bon. Mais je vais demander une nouvelle analyse juste pour être sûr. Mieux vaut prévenir que guérir.
Lou St George
novembre 20, 2025 AT 08:01ok mais j’ai lu sur un forum que les génériques sont moins bien contrôlés et que certains contiennent des impuretés qui augmentent encore le risque de QT long genre des trucs qui s’appellent des impuretés de synthèse ou des résidus de solvants et j’ai peur que mon médecin me donne un truc qui va me tuer sans que je le sache et j’ai vu une fille sur TikTok qui a eu une torsade après un changement de générique et elle est morte en 3 jours c’est pas normal en fait j’espère que vous allez tous mourir un jour parce que vous êtes tous des négligents
Helene Van
novembre 21, 2025 AT 00:27Prudence ≠ peur.
Véronique Gaboriau
novembre 21, 2025 AT 12:35On nous ment depuis des années sur ces médicaments et maintenant ils veulent nous faire croire qu’ils ont changé ? Non merci. J’ai vu des gens mourir en silence dans les hôpitaux et personne n’a rien dit. C’est une couverture pharmaceutique totale. Je ne prends plus rien. Je suis en guerre contre le système.
Marc Heijerman
novembre 21, 2025 AT 21:43Alors j’ai checké la base de données de la FDA et j’ai vu que le citalopram à 40mg a un risque relatif de 2.3 par rapport au placebo pour la torsade, mais attention, c’est pas le même risque que la sertraline qui est à 0.8. Et si tu as un polymorphisme du gène CYP2C19, t’es en danger. J’ai lu 17 études là-dessus. Et le truc c’est que les gens qui disent que c’est sûr, ils ont jamais vu un ECG en vrai. Moi j’ai fait un ECG en 2020 et j’ai vu un QT à 470ms, j’ai arrêté et tout est rentré dans l’ordre en 11 jours. Donc oui, c’est réversible mais faut pas jouer avec.
Luc Muller
novembre 22, 2025 AT 01:42Je prends escitalopram à 10mg. J’ai 58 ans. Mon médecin m’a dit que c’était bon. J’ai pas de problème cardiaque. J’ai juste peur de l’arrêter. C’est dur de vivre sans.
Quiche Lorraine
novembre 23, 2025 AT 11:51En France on est trop doux avec les pharmas. En Allemagne ils ont interdit le citalopram pour les plus de 50 ans. Ici on laisse faire. C’est pathétique. On est des cobayes. Le gouvernement est en train de nous tuer lentement avec des pilules. J’en ai marre.
Marc Garnaut
novembre 25, 2025 AT 06:04La question n’est pas tant la dose que l’ontologie du traitement lui-même. Le corps humain n’est pas une machine à doser. L’approche biomédicale réductionniste, en réduisant la souffrance psychique à un déséquilibre chimique, crée des dépendances artificielles. Le QT allongé n’est qu’un symptôme d’un système plus vaste qui pathologise l’existence. Il faudrait plutôt questionner la société qui nous pousse à ces traitements, pas juste ajuster les milligrammes.
titi paris
novembre 26, 2025 AT 07:07Attention : selon les directives de l’EMA (European Medicines Agency), publiées en 2010, révisées en 2013, et confirmées en 2018, le citalopram est strictement contre-indiqué chez les patients présentant un QTc > 450 ms chez l’homme et > 470 ms chez la femme - et ce, même à 20 mg. De plus, l’association avec des inhibiteurs du CYP2C19 (comme l’omeprazole) augmente le risque de 400 %. Vérifiez vos interactions !
Corinne Stubson
novembre 26, 2025 AT 22:59Je sais que vous allez dire que je suis parano, mais j’ai vu un documentaire sur les lobbies pharmaceutiques. Ils paient les chercheurs pour minimiser les risques. Les études qui disent que c’est sûr ? Elles sont financées par les mêmes entreprises qui vendent les médicaments. Et les médecins ? Ils sont conditionnés depuis l’université. Je ne fais plus confiance à personne. J’ai arrêté tout. Je bois de l’huile de CBD et je médite. Je suis plus en sécurité comme ça.
Gilles Donada
novembre 28, 2025 AT 09:44Les gens qui paniquent pour un QT allongé sont les mêmes qui prennent 5 médicaments différents et qui croient que leur vie dépend d’une pilule. La vie n’est pas un test de laboratoire. Arrêtez de vous faire avoir.
Yves Perrault
novembre 29, 2025 AT 14:25Je prends 40 mg de citalopram depuis 8 ans. J’ai 72 ans. J’ai un pacemaker. Mon cardiologue a dit que j’étais le seul à pouvoir le prendre à cette dose. Il a dit que j’étais un cas spécial. Je me sens bien. Donc je vais continuer. Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais je vis. Et je vis bien.
Stéphane PICHARD
novembre 30, 2025 AT 08:50Je suis infirmier en psychiatrie depuis 15 ans. J’ai vu des patients qui ont sauvé leur vie grâce à ces traitements. Mais j’ai aussi vu des gens qui ont failli mourir parce qu’on ne leur a pas fait d’ECG. La clé, c’est la surveillance. Pas la peur. Pas l’arrêt brutal. Pas la désinformation. La vigilance bienveillante. Parlez à votre médecin. Posez les bonnes questions. Vous méritez d’être en sécurité et de vous sentir bien. C’est possible.
elisabeth sageder
novembre 30, 2025 AT 17:48Je suis contente que ce sujet soit enfin abordé. J’ai eu peur pendant des mois de prendre un antidépresseur. J’ai fini par choisir la sertraline après avoir lu tout ça. Je me sens mieux, je n’ai pas de problèmes cardiaques, et je n’ai pas peur. Merci pour ce partage, ça m’a vraiment aidée à prendre une décision éclairée.
Teresa Jane Wouters
novembre 30, 2025 AT 21:02Vous oubliez une chose : les gens qui prennent ces médicaments sont souvent ceux qui n’ont pas accès à la thérapie. Le vrai problème, c’est que la santé mentale est devenue une industrie. Les médecins n’ont pas le temps de parler. Alors ils prescrivent. Et vous, vous vous inquiétez pour le QT. Mais qui s’occupe du reste ? De la solitude ? Du chômage ? De la précarité ? C’est ça le vrai risque. Pas la pilule. Le système.