Le diabète de type 1 n’est pas une simple erreur de régime ou un problème de poids. C’est une maladie auto-immune qui détruit les cellules du pancréas responsables de la production d’insuline. Sans insuline, le sucre ne peut pas entrer dans les cellules pour fournir de l’énergie. Il s’accumule dans le sang, et les conséquences peuvent être mortelles en quelques heures. Contrairement au diabète de type 2, il n’y a aucun moyen de le prévenir ou de le guérir pour l’instant. Mais avec les bons outils, il est tout à fait possible de vivre une vie pleine et active.
Les signes qui ne trompent pas
Les symptômes du diabète de type 1 apparaissent souvent brutalement, en quelques jours ou semaines. Ce n’est pas un déclin lent. C’est un signal d’alerte rouge. La soif intense (polydipsie) et les urinations fréquentes (polyurie) sont les premiers signes. Vous vous levez la nuit pour uriner, vous buvez des litres d’eau, et pourtant, vous n’êtes jamais rassasié. Pourquoi ? Parce que votre corps essaie d’éliminer le sucre en trop par l’urine, et il entraîne avec lui toute l’eau de votre organisme.En parallèle, vous perdez du poids sans avoir essayé. Même si vous mangez normalement, voire plus que d’habitude, votre corps ne peut pas utiliser le sucre comme carburant. Il se met alors à détruire les muscles et les graisses pour obtenir de l’énergie. C’est ce qui cause la perte de poids et la fatigue extrême. Vous vous sentez épuisé, même après une bonne nuit de sommeil.
D’autres signes sont plus subtils : une vision floue, des plaies qui mettent des semaines à guérir, une bouche sèche, ou une haleine qui sent les fruits (une odeur de pomme fermentée, signe de cétones). Ces symptômes peuvent être confondus avec une grippe ou un stress, surtout chez les enfants. Mais si plusieurs de ces signes apparaissent ensemble, il ne faut pas attendre. Une urgence médicale peut se déclencher en 24 heures : la cétose diabétique. C’est une accumulation de toxines dans le sang qui peut mener au coma. Plus de 30 % des enfants diagnostiqués avec un diabète de type 1 le sont déjà en cétose diabétique.
Comment le diagnostic est posé
Le diagnostic ne repose pas sur un seul test, mais sur une combinaison d’analyses. Le premier est l’HbA1c, qui mesure le taux moyen de sucre dans le sang sur les 2 à 3 derniers mois. Un résultat de 6,5 % ou plus sur deux tests différents confirme le diabète. Mais ce n’est pas suffisant pour distinguer le type 1 du type 2.Pour cela, les médecins cherchent des anticorps. Le test le plus courant est celui des anticorps anti-GAD65. Si ces anticorps sont présents, c’est qu’un système immunitaire en folie attaque les cellules productrices d’insuline. Si le résultat est négatif, on cherche d’autres anticorps comme les IA2 ou ZNT8. Ces tests sont cruciaux. Un adulte diagnostiqué avec un diabète de type 1 a souvent été mal diagnostiqué comme type 2 pendant des mois, voire des années, parce qu’on pensait que c’était une maladie des personnes âgées ou en surpoids.
Un autre test important est la mesure du C-peptide. C’est une molécule produite en même temps que l’insuline. Si votre corps produit encore de l’insuline, le C-peptide est présent. Dans le diabète de type 1, il est presque indétectable, même si votre taux de sucre est très élevé. Cela prouve que vos cellules pancréatiques sont détruites. En parallèle, si vous avez des symptômes sévères, on vérifie aussi la présence de cétones dans le sang ou l’urine. Une acidité du sang trop basse (pH < 7,3) et un taux de bicarbonate inférieur à 15 mmol/L signifient une cétose diabétique en cours.
Les options de traitement par insuline
Il n’y a qu’une seule solution : remplacer l’insuline que votre corps ne produit plus. Deux méthodes principales existent, toutes deux efficaces, mais avec des avantages différents.La première est l’injection multiple quotidienne (MDI), aussi appelée thérapie basale-bolus. Vous recevez une insuline longue durée une ou deux fois par jour pour couvrir vos besoins de fond (basale). Ensuite, avant chaque repas, vous injectez une insuline rapide pour compenser les glucides que vous mangez (bolus). Cela demande de compter les glucides, de surveiller votre glycémie avant chaque repas, et d’ajuster la dose selon votre activité physique, votre stress, ou votre sommeil. C’est un travail quotidien, mais c’est une méthode très flexible.
La seconde est la pompe à insuline (CSII). C’est un petit appareil porté sur le corps, relié à un cathéter sous la peau. Il délivre en continu une petite quantité d’insuline rapide, 24 heures sur 24. Vous pouvez programmer des doses supplémentaires avant les repas. Les modèles récents, comme la Medtronic MiniMed 780G ou la Tandem t:slim X2 avec Control-IQ, se connectent à un capteur de glycémie en continu (CGM). Ils ajustent automatiquement la dose d’insuline en temps réel. Des études montrent que ces systèmes permettent de passer de 50 % à 70-75 % du temps avec une glycémie dans la zone cible (70-180 mg/dL), contre 40-50 % avec les injections classiques.
Les deux méthodes nécessitent une formation. Les programmes d’éducation au diabète durent entre 10 et 20 heures. Vous apprenez à lire les résultats de votre glycémie, à calculer les doses d’insuline, à gérer les hypoglycémies, et à adapter votre alimentation. Ce n’est pas une question de discipline. C’est une compétence à acquérir, comme apprendre à conduire ou à jouer d’un instrument.
Les objectifs de glycémie et les contrôles réguliers
Les cibles de glycémie ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Pour la plupart des adultes, l’objectif est d’avoir une glycémie à jeun entre 80 et 130 mg/dL, et moins de 180 mg/dL deux heures après un repas. L’HbA1c cible est généralement inférieure à 7 %, soit 53 mmol/mol. Mais si vous êtes âgé, si vous avez d’autres maladies, ou si vous avez souvent des hypoglycémies, votre médecin peut ajuster cette cible à 7,5 % ou même 8 %.Les contrôles ne s’arrêtent pas à la glycémie. Vous devez aussi surveiller votre tension artérielle, vos cholestérols, votre fonction rénale et thyroïdienne. Le diabète de type 1 augmente le risque de maladies cardiaques, de problèmes rénaux et de troubles de la vision. Des analyses de sang tous les 3 à 6 mois sont essentielles. Les tests d’HbA1c sont faits chaque trimestre si votre traitement vient de changer, ou tous les six mois si vous êtes stable.
Le capteur de glycémie en continu (CGM) a changé la donne. Il ne s’agit plus de piquer votre doigt 6 fois par jour. Le capteur, placé sur le bras ou le ventre, mesure la glycémie toutes les 5 minutes. Il vous alerte si vous descendez trop bas ou si vous montez trop haut. Des études montrent que les patients utilisant un CGM réduisent leur HbA1c de 0,5 à 0,8 % en moyenne, par rapport à ceux qui ne l’utilisent pas. C’est comme avoir un co-pilote 24h/24.
Les avancées récentes et l’avenir
En novembre 2022, la FDA a approuvé le premier traitement qui ne traite pas le diabète, mais qui le retarde. C’est le teplizumab (Tzield). Ce médicament, administré en perfusion pendant 14 jours, peut retarder l’apparition du diabète de type 1 chez les personnes à risque élevé (généralement des enfants ou des adolescents avec des anticorps positifs). Dans les essais, il a retardé le diagnostic de plus de deux ans. Ce n’est pas une guérison, mais c’est un premier pas vers la prévention.La recherche avance aussi sur les greffes de cellules bêta. La société Vertex a développé une thérapie appelée VX-880, qui utilise des cellules souches pour créer des cellules productrices d’insuline. Dans les premiers essais, 89 % des patients ont pu arrêter l’insuline après 90 jours. Ce n’est pas encore disponible pour tous, mais c’est une preuve que la guérison n’est plus un rêve.
Le coût du diabète de type 1 reste un problème. Aux États-Unis, une personne dépense en moyenne plus de 20 000 $ par an. L’insuline représente 27 % de cette facture. En France, les frais sont largement remboursés, mais les capteurs, les pompes et les fournitures restent chers. Le système de santé doit encore s’adapter à ces innovations.
La vie après le diagnostic
Le jour où vous apprenez que vous avez un diabète de type 1, vous avez l’impression que votre vie est finie. Ce n’est pas vrai. Des millions de personnes vivent avec cette maladie. Elles font du sport, voyagent, ont des enfants, travaillent, et vivent pleinement. Le secret ? Ce n’est pas la perfection. C’est la constance. C’est d’apprendre à connaître votre corps. À comprendre que votre glycémie ne dépend pas seulement de ce que vous mangez, mais aussi du stress, du sommeil, de la température, ou même de vos règles.Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise journée. Il n’y a que des données. Et chaque donnée vous apprend quelque chose. La technologie vous aide. Les autres vous soutiennent. Et vous, vous apprenez à vivre avec, sans être dominé par.
Le diabète de type 1 peut-il être guéri ?
Non, il n’existe pas encore de guérison. Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune chronique. Le pancréas ne produit plus d’insuline, et cette perte est irréversible. Cependant, des traitements comme le teplizumab peuvent retarder son apparition chez les personnes à risque. Des recherches sur les greffes de cellules bêta, comme VX-880, ont permis à certains patients d’arrêter l’insuline pendant plusieurs mois ou années. Ce sont des progrès prometteurs, mais ils ne sont pas encore disponibles pour tous.
Les enfants peuvent-ils utiliser une pompe à insuline ?
Oui, les enfants peuvent utiliser des pompes à insuline, et c’est souvent recommandé. Les pompes modernes avec technologie de boucle fermée (hybride) sont particulièrement adaptées aux enfants, car elles réduisent les risques d’hypoglycémie nocturne. Les parents sont formés pour gérer les réglages, et les capteurs permettent de surveiller la glycémie à distance. De nombreux enfants de moins de 6 ans utilisent déjà ces systèmes avec succès.
Quelle est la différence entre une insuline rapide et une insuline longue durée ?
L’insuline rapide agit en 10 à 15 minutes, atteint son pic en 1 à 2 heures, et dure 3 à 5 heures. Elle sert à couvrir les repas. L’insuline longue durée agit sur 12 à 24 heures sans pic, et maintient un niveau stable d’insuline entre les repas et pendant la nuit. Elle remplace l’insuline de fond que le pancréas ne produit plus. Les deux sont nécessaires dans la thérapie basale-bolus.
Que faire en cas d’hypoglycémie ?
Si votre glycémie tombe en dessous de 70 mg/dL (3,9 mmol/L), vous devez agir immédiatement. Prenez 15 grammes de glucides rapides : 3 morceaux de sucre, 150 ml de jus de fruit, ou 1 sachet de glucose. Attendez 15 minutes, puis retestez. Si c’est toujours bas, répétez. Une fois que votre glycémie est remontée, mangez un en-cas avec des protéines et des glucides lents (comme un morceau de pain avec du fromage) pour éviter une nouvelle chute. Ne jamais ignorer une hypoglycémie : elle peut mener à la perte de conscience.
Le diabète de type 1 est-il héréditaire ?
Il y a un facteur génétique, mais ce n’est pas une maladie héréditaire comme la mucoviscidose. Si un parent a un diabète de type 1, le risque pour l’enfant est d’environ 5 %, contre 0,4 % dans la population générale. Ce n’est pas une certitude. De nombreux patients n’ont aucun antécédent familial. Des facteurs environnementaux (comme certaines infections virales) déclenchent la réaction auto-immune chez les personnes prédisposées génétiquement.
Peut-on faire du sport avec un diabète de type 1 ?
Oui, et c’est fortement recommandé. L’activité physique améliore la sensibilité à l’insuline et aide à stabiliser la glycémie. Mais il faut s’adapter. Avant l’effort, vérifiez votre glycémie. Si elle est trop basse, mangez un en-cas. Pendant l’effort, surveillez les signes d’hypoglycémie. Après, vous pouvez avoir une chute de glycémie jusqu’à 12 heures plus tard. Les pompes et CGM permettent de mieux ajuster les doses. Des sportifs de haut niveau, comme des triathlètes ou des joueurs de football, vivent avec un diabète de type 1.
Le diabète de type 1 n’est pas une fin. C’est un nouveau départ. Un défi quotidien, mais un défi que des millions de personnes surmontent avec succès. Avec les bons outils, la bonne éducation, et le soutien nécessaire, vous pouvez vivre aussi pleinement que n’importe qui.