L’acétate de cyprotérone est un médicament souvent méconnu, pourtant essentiel dans de nombreuses thérapies hormonales. Contrairement aux hormones comme l’œstrogène ou la testostérone, il n’est pas un remplaçant direct, mais un bloqueur puissant. Il agit comme un frein sur les androgènes - les hormones masculines - ce qui en fait un outil précieux pour les personnes qui veulent réduire les effets de la testostérone dans leur corps. Que ce soit pour une transition féminisante, un traitement de l’acné sévère ou des troubles hormonaux comme l’hyperandrogénie, l’acétate de cyprotérone joue un rôle central.
Comment fonctionne l’acétate de cyprotérone ?
L’acétate de cyprotérone n’ajoute pas d’hormones. Il les bloque. Il se lie aux récepteurs de la testostérone dans les cellules, empêchant cette hormone d’exercer son effet. En même temps, il diminue la production de testostérone par les testicules grâce à une action sur l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique. Résultat : une baisse significative des niveaux d’androgènes actifs dans le sang.
Il agit aussi comme un progestatif, ce qui signifie qu’il imite les effets de la progestérone. Cela aide à stabiliser les cycles hormonaux et à réduire les fluctuations qui peuvent causer des sautes d’humeur ou des saignements irréguliers. Pour les personnes en transition féminisante, cette double action - bloquer les androgènes et soutenir les effets des œstrogènes - est ce qui rend l’acétate de cyprotérone si efficace.
Utilisation dans la thérapie de remplacement hormonal pour les personnes transgenres
Dans les protocoles de thérapie hormonale féminisante, l’acétate de cyprotérone est souvent combiné à des œstrogènes. Il est particulièrement utile au début du traitement, quand les niveaux de testostérone sont encore élevés. Sans bloqueur androgène, les œstrogènes seuls peuvent avoir un effet limité : la testostérone continue à stimuler la croissance de la barbe, à maintenir la masse musculaire et à freiner le développement des seins.
Des études cliniques, notamment celles publiées dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism en 2023, montrent que les personnes prenant de l’acétate de cyprotérone en combinaison avec des œstrogènes voient une réduction de 80 à 90 % de la testostérone sérique en moins de trois mois. Cela permet une transition plus rapide et plus douce, avec une diminution visible de la pilosité faciale et une réduction de la transpiration et de l’odeur corporelle.
En France, l’acétate de cyprotérone est prescrit sous forme de comprimés, généralement à 50 mg par jour, bien que les doses puissent varier selon le poids, l’âge et la réponse individuelle. Certains cliniciens commencent à 25 mg pour minimiser les effets secondaires, surtout chez les personnes âgées ou ayant des antécédents de problèmes hépatiques.
Autres usages médicaux validés
En dehors de la transition de genre, l’acétate de cyprotérone est utilisé depuis les années 1970 pour traiter des affections liées à une surproduction d’androgènes. Il est efficace contre l’acné sévère chez les femmes, surtout quand les traitements locaux ou les antibiotiques ont échoué. Il est aussi prescrit pour l’hyperplasie prostatique bénigne chez les hommes âgés, bien que cette utilisation soit moins courante aujourd’hui avec l’arrivée de médicaments plus ciblés.
Un autre usage important est dans le traitement des troubles du comportement sexuel, comme les pulsions sexuelles compulsives ou les paraphilies, où il est utilisé pour réduire la libido. Dans ces cas, il est souvent prescrit à des doses plus élevées, parfois jusqu’à 100 mg par jour, sous surveillance médicale stricte.
Effets secondaires et risques à connaître
Comme tout médicament puissant, l’acétate de cyprotérone n’est pas sans risques. Le plus connu est l’impact sur le foie. Des cas rares mais graves d’hépatotoxicité ont été rapportés, notamment des tumeurs hépatiques bénignes ou des cholestases. C’est pourquoi les analyses de fonction hépatique sont obligatoires tous les trois mois au début du traitement, puis tous les six mois.
Les effets secondaires courants incluent la fatigue, la prise de poids, la dépression, une baisse de la libido (qui est souvent le but recherché), et des troubles de l’humeur. Chez certaines personnes, il peut aussi causer une sensibilité accrue aux œstrogènes, ce qui augmente le risque de caillots sanguins. C’est pourquoi il est contre-indiqué chez les personnes ayant eu un antécédent de thrombose, d’embolie pulmonaire ou de cancer du sein hormono-dépendant.
Les femmes enceintes ne doivent jamais le prendre : il peut causer des malformations du système reproducteur du fœtus masculin. Même si la grossesse est improbable chez les personnes qui prennent ce médicament pour une transition féminisante, il est essentiel de vérifier l’absence de grossesse avant de commencer.
Comparaison avec d’autres bloqueurs androgènes
Il existe d’autres options pour bloquer la testostérone. La spironolactone, par exemple, est très répandue aux États-Unis. Elle est moins puissante que l’acétate de cyprotérone, mais aussi moins risquée pour le foie. Elle agit en bloquant les récepteurs et en réduisant la production hormonale, mais les effets sont plus doux et plus lents.
Les analogues de la GnRH - comme le leuprolide ou le goseréline - sont des injections mensuelles ou trimestrielles qui arrêtent complètement la production de testostérone par les testicules. Elles sont très efficaces, mais beaucoup plus chères et moins accessibles dans les systèmes de santé publics. Elles sont souvent réservées aux cas où l’acétate de cyprotérone échoue ou est contre-indiqué.
Voici une comparaison rapide :
| Médicament | Forme | Effet sur la testostérone | Risque hépatique | Coût mensuel (estimé) |
|---|---|---|---|---|
| Acétate de cyprotérone | Comprimé | 80-90 % de réduction | Élevé | 15-25 € |
| Spironolactone | Comprimé | 50-70 % de réduction | Faible | 5-10 € |
| Analogues de la GnRH | Injection | 95 %+ de réduction | Nul | 200-400 € |
Le choix dépend de la situation personnelle : budget, santé du foie, rapidité de l’effet recherché, et tolérance aux effets secondaires. En Europe, l’acétate de cyprotérone reste le bloqueur le plus utilisé en première intention.
Combien de temps faut-il pour voir les résultats ?
Les effets ne sont pas immédiats. La réduction de la libido et de la transpiration peut se manifester en 2 à 4 semaines. La pousse de la barbe ralentit après 2 à 3 mois. Le développement des seins, lui, prend 6 à 12 mois, et dépend fortement de la dose d’œstrogène associée.
Les changements les plus visibles - comme la réduction de la pilosité corporelle et la douceur de la peau - apparaissent généralement entre le 6e et le 12e mois. Il est important de ne pas s’attendre à un changement radical en quelques semaines. La thérapie hormonale est un marathon, pas un sprint.
Et après ? Arrêt et suivi à long terme
Beaucoup de personnes arrêtent l’acétate de cyprotérone après quelques années, surtout si elles ont atteint leurs objectifs de transition. Mais il ne faut pas l’arrêter brusquement. Un sevrage trop rapide peut entraîner une rechute des niveaux de testostérone, avec un retour des symptômes indésirables.
Le protocole recommandé est de réduire progressivement la dose sur 2 à 4 semaines, tout en maintenant les œstrogènes. Le suivi médical doit continuer : les fonctions hépatiques doivent être surveillées pendant au moins 6 mois après l’arrêt, car les lésions peuvent se manifester tardivement.
Certains patients, en particulier ceux avec des antécédents de cancer hormono-dépendant, doivent prendre l’acétate de cyprotérone à vie. Dans ces cas, le suivi est encore plus rigoureux, avec des échographies hépatiques annuelles et des tests hormonaux tous les 3 mois.
L’acétate de cyprotérone peut-il causer une stérilité permanente ?
Oui, dans certains cas. Chez les personnes assignées hommes à la naissance, une utilisation prolongée (plus de 2 ans) peut entraîner une atrophie des testicules et une réduction durable de la production de spermatozoïdes. Ce n’est pas toujours permanent, mais la récupération de la fertilité n’est pas garantie. Si la préservation de la fertilité est un souci, il est recommandé de congeler des spermatozoïdes avant de commencer le traitement.
Peut-on prendre l’acétate de cyprotérone sans œstrogènes ?
Techniquement, oui, mais ce n’est pas recommandé. Sans œstrogènes, le corps ne reçoit pas de signal hormonal pour développer les caractéristiques féminines. L’acétate de cyprotérone seul peut réduire la libido et la pilosité, mais il ne provoque pas de développement mammaire, ni de changement de répartition de la graisse corporelle. Il peut aussi augmenter le risque d’ostéoporose à long terme. Les protocoles médicaux modernes associent toujours l’acétate de cyprotérone à des œstrogènes.
Est-ce que l’acétate de cyprotérone fait grossir ?
Il peut contribuer à une prise de poids, mais ce n’est pas directement un effet de l’acétate de cyprotérone lui-même. C’est plutôt lié à la baisse de la testostérone, qui ralentit le métabolisme, et à l’augmentation de la sensibilité à l’insuline. Beaucoup de personnes prennent plus de poids au début du traitement, surtout autour du ventre. Une alimentation équilibrée et une activité physique régulière aident à contrôler ce phénomène.
L’acétate de cyprotérone est-il disponible en France sans ordonnance ?
Non. En France, l’acétate de cyprotérone est un médicament soumis à prescription médicale stricte. Il est vendu sous la marque Androcur®. Il est interdit de l’acheter en ligne sans ordonnance, car les versions contrefaites peuvent contenir des doses dangereuses ou des substances toxiques. Seul un médecin habilité peut le prescrire, après un bilan hormonal et hépatique.
Quelle est la différence entre l’acétate de cyprotérone et la spironolactone ?
L’acétate de cyprotérone est plus puissant et agit directement sur les récepteurs et la production hormonale. La spironolactone est un diurétique qui bloque partiellement les récepteurs de la testostérone. Elle est moins efficace pour réduire la testostérone, mais aussi moins risquée pour le foie. En France, l’acétate de cyprotérone est le bloqueur de première ligne. La spironolactone est souvent utilisée aux États-Unis ou comme alternative si l’acétate de cyprotérone n’est pas toléré.
Conclusion : un outil puissant, mais à manier avec précaution
L’acétate de cyprotérone n’est pas un médicament de routine. Il est réservé à des situations spécifiques où bloquer les androgènes est essentiel. Pour les personnes transgenres, il peut être un pilier de leur transition. Pour d’autres, il soulage des troubles médicaux invalidants. Mais son pouvoir est aussi son danger.
Le succès du traitement dépend de trois choses : une bonne évaluation initiale, un suivi régulier, et une communication honnête avec son médecin. Ce n’est pas un traitement à prendre sur un coup de tête. C’est un outil médical, pas un choix esthétique. Et comme tout outil puissant, il doit être utilisé avec respect, précision, et patience.
Catherine dilbert
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