Vous avez peut-être pris des corticostéroïdes pour une crise d’asthme, une arthrite soudaine ou une éruption cutanée sévère. Et vous avez probablement été surpris : en moins de 48 heures, la douleur a disparu, l’enflure a baissé, la fièvre s’est envolée. C’est magique. Mais ce qui est magique ne veut pas dire sans danger. Les corticostéroïdes, comme la prednisone ou le dexaméthasone, sont des médicaments puissants. Ils agissent comme un feu d’artifice sur l’inflammation - rapide, intense, efficace. Mais comme tout feu d’artifice, ils laissent des débris. Et ces débris, certains ne disparaissent jamais.
Comment les corticostéroïdes agissent-ils vraiment ?
Les corticostéroïdes sont des versions synthétiques du cortisol, une hormone naturelle que vos glandes surrénales produisent quand vous êtes stressé. Ils bloquent les signaux chimiques qui déclenchent l’inflammation. Pas de gonflement. Pas de douleur. Pas de fièvre. C’est pourquoi, dans les urgences, ils sont incontournables. Une injection de cortisone dans une articulation douloureuse peut vous redonner la mobilité en une semaine. Un traitement oral de 5 jours pour une crise de lupus peut vous sortir de l’hôpital.
Leur vitesse d’action est sans égale. Contrairement aux traitements de fond comme les DMARDs, qui mettent des semaines à agir, les corticostéroïdes fonctionnent en 24 à 48 heures. Selon les données de l’American College of Rheumatology, ils réduisent le score de sévérité de l’arthrite (DAS28) de 2,1 points en une semaine - contre 0,7 pour les anti-inflammatoires classiques. C’est une différence énorme quand vous êtes en pleine crise.
Les risques commencent dès les premiers jours
Mais ce n’est pas un traitement sans coût. Même un court traitement de 5 à 10 jours peut avoir des conséquences. Une étude de l’AAFP sur 1,5 million de patients a montré qu’après seulement 5 jours de corticostéroïdes, le risque d’infection grave (sepsis) augmente de 430 %. Le risque de caillot sanguin monte de 230 %. Et le risque de fracture, même chez les jeunes en bonne santé, grimpe de 90 %.
Les effets secondaires ne sont pas rares. Sur 12 847 patients ayant partagé leur expérience sur Healthgrades, 79 % ont eu au moins un effet indésirable. Le plus courant ? La prise de poids. En huit semaines, la moyenne est de 5,6 kilos. Le visage s’arrondit (le « moon face »). Le sommeil se dérègle. La glycémie monte. Certains doivent commencer un traitement contre le diabète après seulement trois semaines de corticostéroïdes.
Et ce n’est pas juste une question de malaise. Une étude de 2023 dans l’Annals of Internal Medicine a révélé que chaque mois supplémentaire de traitement au-delà de trois mois augmente le risque de décès dans les 10 ans suivants de 4,7 %. Ce n’est pas une statistique lointaine. C’est une réalité pour des milliers de personnes.
Les injections : un piège bien connu
Les injections de cortisone sont souvent présentées comme une solution « locale » et donc plus sûre. C’est un mythe. Une injection dans l’épaule ou le genou peut soulager pendant plusieurs semaines - parfois même plusieurs mois. Mais les effets systémiques existent quand même. Le médicament entre dans la circulation sanguine. Et chaque injection augmente le risque cumulé.
Les médecins le savent. Pourtant, en 2023, les injections de cortisone étaient encore prescrites pour des douleurs chroniques sans inflammation claire - comme les lombalgies non spécifiques. L’AAFP estime que près de 20 % de ces injections sont inutiles. Et pourtant, elles continuent. Pourquoi ? Parce qu’elles sont rapides, faciles, et que les patients veulent un soulagement immédiat.
Le piège du traitement prolongé
Le vrai danger, c’est quand les corticostéroïdes deviennent un traitement de fond. Ce n’est pas rare. Des patients prennent 5 mg de prednisone par jour pendant des années, parce que le médecin n’a pas trouvé mieux. Ou parce qu’ils ont peur de la rechute.
Et là, les dommages deviennent irréversibles. La densité osseuse chute de 3 à 5 % par mois pendant les six premiers mois. Les cataractes apparaissent. Le diabète s’installe. Le système immunitaire s’affaiblit au point que même une grippe peut devenir grave. L’European League Against Rheumatism (EULAR) est clair : aucun patient atteint d’arthrite rhumatoïde ne devrait prendre plus de 5 mg de prednisone par jour au-delà de six mois sans un avis spécialisé.
Et pourtant, selon une étude de 2022 dans JAMA Internal Medicine, seulement 42 % des médecins généralistes suivent les protocoles de surveillance recommandés. Pas de scan DEXA pour vérifier les os. Pas de contrôle glycémique mensuel. Pas d’examens ophtalmologiques trimestriels. Les patients sont laissés à eux-mêmes.
Les bonnes pratiques : comment utiliser les corticostéroïdes sans se brûler
Il n’y a pas de mauvais médicament. Il n’y a que des mauvaises utilisations.
- Utilisez-les pour les urgences, pas pour la routine. Une crise d’asthme sévère ? Oui. Une bronchite virale ? Non. Une crise de polyarthrite ? Oui. Une douleur de dos banale ? Non.
- Ne dépassez jamais 12 semaines de traitement systémique. Les lignes directrices de l’American College of Rheumatology sont claires : au-delà de 12 semaines, les risques dépassent largement les bénéfices.
- Ne jamais arrêter brusquement. Vos glandes surrénales ont cessé de produire du cortisol. Si vous arrêtez trop vite, vous pouvez entrer en insuffisance surrénale - une urgence médicale. Un sevrage progressif sur 7 à 14 jours est obligatoire après plus de 14 jours de traitement.
- Protégez vos os. Si vous prenez plus de 7,5 mg de prednisone par jour pendant plus de 3 mois, vous avez besoin de 1200 mg de calcium et 800 UI de vitamine D par jour. Et une injection annuelle de zoledronate pour freiner la perte osseuse.
- Surveillez votre glycémie. Un simple test de glycémie à jeun chaque mois peut détecter un diabète précoce. Et le prévenir.
De nouveaux espoirs, mais pas encore la solution
En décembre 2023, la FDA a approuvé le premier médicament de nouvelle génération : le fosdagrocorat. C’est un modulateur sélectif du récepteur des glucocorticoïdes (SGRM). Il agit comme un corticostéroïde sur l’inflammation, mais avec 63 % moins d’effets sur la glycémie. C’est une avancée majeure. Mais ce n’est pas un remède. Il est encore en phase d’essais à grande échelle. Et il coûte cher.
Les hôpitaux aux États-Unis ont commencé à bloquer les prescriptions inutiles grâce à des alertes électroniques. En 2023, les prescriptions inappropriées ont baissé de 31 % dans les établissements qui les ont mises en place. C’est un début. Mais en France, ces systèmes sont encore rares.
Que faire si vous avez pris des corticostéroïdes ?
Si vous avez pris un traitement de moins de 14 jours : surveillez votre poids, votre sommeil, votre taux de sucre. Les effets disparaissent souvent en quelques semaines.
Si vous avez pris plus de 3 mois : demandez un scan DEXA. Faites vérifier vos yeux. Vérifiez votre tension et votre glycémie. Parlez à votre médecin de la possibilité d’un sevrage progressif.
Et si vous avez été prescrit un corticostéroïde pour une infection virale, une douleur de dos sans cause claire, ou une allergie légère ? Posez la question : « Est-ce vraiment nécessaire ? »
Les corticostéroïdes sont comme un feu de camp : ils réchauffent vite, ils éclairent bien. Mais si vous les laissez brûler trop longtemps, ils détruisent tout autour. Leur pouvoir est immense. Mais leur prix, aussi.
Les corticostéroïdes font-ils grossir ?
Oui, c’est l’un des effets secondaires les plus courants. En moyenne, les patients prennent entre 5 et 6 kilos en 8 semaines, surtout au niveau du ventre, du visage et du cou. Cela vient de la rétention d’eau et de l’augmentation de l’appétit. Ce n’est pas juste de la graisse : c’est un effet pharmacologique direct. Le poids revient souvent après l’arrêt, mais pas toujours.
Puis-je arrêter les corticostéroïdes quand je veux ?
Non. Si vous les avez pris plus de 14 jours, votre corps a arrêté de produire naturellement le cortisol. Si vous arrêtez brutalement, vous pouvez avoir des nausées, une faiblesse extrême, une chute de tension, voire un choc. Il faut toujours réduire la dose progressivement, sur plusieurs semaines si le traitement a été long. Votre médecin doit vous donner un plan de sevrage.
Les injections de cortisone sont-elles plus sûres que les comprimés ?
Pas vraiment. Même si l’injection est locale, une partie du médicament entre dans le sang. Les risques de diabète, d’ostéoporose ou d’infection restent présents, surtout si vous en faites plusieurs dans l’année. Les injections ne sont pas une version « légère » des comprimés. Elles sont un autre mode d’administration, pas une version sans risque.
Les corticostéroïdes peuvent-ils causer du diabète ?
Oui, et c’est un risque sous-estimé. Ils augmentent la résistance à l’insuline et stimulent la production de glucose par le foie. Chez les personnes prédisposées, un traitement de 3 semaines peut déclencher un diabète de type 2. Même après l’arrêt, le diabète peut rester. Des études montrent que 7 % des patients traités plus de 3 mois développent un diabète permanent.
Y a-t-il des alternatives aux corticostéroïdes ?
Oui, mais elles agissent plus lentement. Les DMARDs (comme le méthotrexate) ou les biologiques (comme l’adalimumab) sont utilisés pour les maladies chroniques comme l’arthrite rhumatoïde. Ils ne soulagent pas aussi vite, mais ils protègent les articulations à long terme sans les effets secondaires des corticostéroïdes. Dans les cas aigus, les corticostéroïdes restent le meilleur outil - mais ils doivent être un pont, pas une route.
Pourquoi les médecins les prescrivent-ils si souvent malgré les risques ?
Parce qu’ils fonctionnent. Et parce que les patients veulent un résultat rapide. Dans un cabinet bondé, il est plus facile de prescrire un comprimé que d’expliquer une thérapie de fond qui prend des semaines à agir. Mais cette facilité a un coût : des milliers de patients développent des complications évitables. Les nouvelles directives et les alertes électroniques aident à réduire ces erreurs, mais la culture de la rapidité persiste.
Que faire maintenant ?
Si vous avez pris des corticostéroïdes récemment, notez ce que vous avez pris, combien de temps, et quelles réactions vous avez eues. Parlez-en à votre médecin. Demandez un bilan : os, yeux, sucre. Ne laissez pas ce traitement disparaître dans votre dossier médical comme s’il n’avait pas d’impact.
Si vous êtes en train de le prendre, ne l’arrêtez pas vous-même. Suivez le plan de sevrage. Et posez la question : « Est-ce que je dois encore le prendre ? »
Les corticostéroïdes ne sont pas des ennemis. Ils sont des outils. Des outils puissants. Et comme tous les outils puissants, ils demandent du respect. Pas de peur. Pas de panique. Mais de la vigilance. Parce que ce qui vous sauve aujourd’hui peut vous nuire demain - si on ne le gère pas bien.
jacques ouwerx
janvier 9, 2026 AT 00:18Je suis médecin depuis 25 ans, et je peux vous dire que la prednisone, c’est comme le sucre : ça fait du bien à court terme, mais ça détruit lentement. J’ai vu des patients de 40 ans avec des os en verre parce qu’ils ont pris 5 mg par jour pendant 5 ans… pour une tendinite. C’est fou.