Embolie pulmonaire : essoufflement soudain et diagnostic

Embolie pulmonaire : essoufflement soudain et diagnostic
15 janv., 2026
par Jacqueline Bronsema | janv., 15 2026 | Santé & Bien-être | 0 Commentaires

L’embolie pulmonaire n’est pas une simple gêne respiratoire. C’est une urgence vitale causée par un caillot de sang qui bloque une artère dans les poumons. Ce caillot vient presque toujours d’une veine profonde de la jambe - un phénomène appelé thrombose veineuse profonde (TVP). Environ 70 % des cas d’embolie pulmonaire sont liés à une TVP non traitée. Ce n’est pas une maladie rare : aux États-Unis, on en dénombre entre 60 et 70 cas pour 100 000 personnes chaque année. Et elle tue environ 100 000 personnes par an.

Le symptôme qui ne trompe pas : l’essoufflement soudain

Si vous ressentez un essoufflement qui arrive du jour au lendemain, sans raison claire - pas d’effort, pas de rhume, pas d’allergie -, cela doit vous alerter. Ce symptôme est présent dans 85 % des cas d’embolie pulmonaire. Il ne ressemble pas à une respiration lourde après une course. C’est une sensation de manque d’air qui vous prend au cœur, même au repos. Certains patients disent qu’ils ont l’impression de respirer à travers une paille.

Dans les cas graves, où le caillot bloque une artère principale, l’essoufflement est brutal, profond, et survient souvent avec une transpiration froide, des vertiges, ou même une perte de connaissance. Dans les cas plus petits, il peut être plus doux, mais persistant. Beaucoup de patients le confondent avec une crise d’anxiété, une bronchite, ou même une mauvaise forme. SarahK_42, sur un forum de l’American Lung Association, a raconté avoir eu des difficultés à monter les escaliers pendant trois semaines avant d’être diagnostiquée. On lui avait dit que c’était du stress.

Les autres signes qui ne doivent pas être ignorés

L’essoufflement est le plus fréquent, mais il ne vient jamais seul. Voici les autres signaux d’alerte :

  • Douleur thoracique : 74 % des patients décrivent une douleur aiguë, qui s’aggrave quand ils inspirent profondément ou toussent. C’est souvent confondu avec une crise cardiaque.
  • Toux avec sang : environ 23 % des personnes toussent du sang, même en petite quantité. Ce n’est pas normal.
  • Gonflement d’une jambe : 44 % des cas sont associés à un œdème, une chaleur ou une douleur dans une jambe. C’est souvent le signe que le caillot est parti de là.
  • Vertiges ou évanouissement : 14 % des patients perdent connaissance. C’est un signe de gravité.
  • Cœur qui bat trop vite : plus de 100 battements par minute au repos est un indicateur fort.
  • Respiration rapide : plus de 20 respirations par minute, sans effort, est un signe que le corps lutte pour oxygéner les tissus.

Un point crucial : un radiographie thoracique peut être complètement normal. Pourtant, le sang est pauvre en oxygène. C’est ce qu’on appelle une hypoxémie inexpliquée. Si vous avez de l’essoufflement, un cœur qui s’emballe, et une radiographie normale - il faut penser à l’embolie.

Comment on diagnostique une embolie pulmonaire ?

Le diagnostic ne repose pas sur un seul test. C’est une chaîne logique, qui commence par l’évaluation du risque.

Les médecins utilisent deux outils validés : le score de Wells et le score de Genève. Ils posent des questions simples : avez-vous eu une chirurgie récente ? Une immobilisation prolongée ? Un antécédent de caillot ? Une jambe enflée ? Un cancer ? Ces scores aident à déterminer si le risque est faible, modéré ou élevé.

Si le risque est faible, on fait un test sanguin : le D-dimère. C’est un marqueur qui indique la présence de caillots en train de se détruire. Un résultat négatif (< 500 ng/mL) élimine presque complètement l’embolie - à 97 % de précision. Mais attention : ce test ne marche pas bien chez les plus de 50 ans, ni chez les patients atteints de cancer. Chez ces personnes, le D-dimère est souvent élevé même sans caillot. C’est un faux positif.

Si le risque est modéré ou élevé, ou si le D-dimère est positif, on passe à l’imagerie. Le test de référence, c’est la CTA pulmonaire - une scanner avec injection de produit de contraste. Elle détecte 95 % des embolies. Elle montre exactement où est le caillot, sa taille, et quelles artères sont bloquées. Le rayonnement est faible (5-7 mSv), équivalent à deux ans de rayonnement naturel. Le produit de contraste peut poser problème chez les personnes avec une insuffisance rénale, mais c’est rare.

Si la CTA est impossible - par exemple si vous êtes allergique au contraste - on utilise la scintigraphie ventilation/perfusion (V/Q). C’est un examen nucléaire qui montre où l’air et le sang circulent dans les poumons. Il est moins précis, mais très utile quand la CTA n’est pas possible.

Et si le patient est en arrêt cardio-respiratoire ? On ne perd pas de temps. On fait une échocardiographie au chevet. Si on voit que le ventricule droit est surchargé, c’est un signe sûr d’embolie massive. C’est une urgence absolue.

Médecin montrant un scanner pulmonaire révélant un caillot dans une artère, patient en urgence, équipe médicale en arrière-plan.

Les pièges du diagnostic

Le plus grand danger, ce n’est pas l’embolie. C’est de la manquer.

Une étude australienne a montré que 68 % des patients ont vu un médecin au moins deux fois avant d’être correctement diagnostiqués. La première fois, on leur a dit : « C’est de l’asthme », « C’est une infection », « C’est de l’anxiété ». Ce sont des erreurs coûteuses. Chaque heure de retard augmente le risque de décès.

Les patients avec un antécédent de caillot ont 33 % de risque d’en avoir un autre dans les 10 ans. Si vous avez déjà eu une embolie, tout essoufflement nouveau doit être pris au sérieux - même si vous pensez que c’est « juste une fatigue ».

Les patients atteints de cancer ont un risque 4,7 fois plus élevé. Et pour eux, le D-dimère est moins fiable. Il faut aller plus loin dans l’exploration.

Enfin, les jeunes en bonne santé ne sont pas à l’abri. Un patient sur Reddit, u/ClotSurvivor2023, a eu une embolie en regardant la télé. Il n’avait aucun facteur de risque connu. Il a failli mourir parce qu’on a mis 12 heures à faire la CTA.

Comment ça s’améliore ?

La bonne nouvelle, c’est que les choses changent. Depuis 2015, les hôpitaux créent des équipes dédiées : les Pulmonary Embolism Response Teams (PERT). Ces équipes réunissent urgentistes, radiologues, hématologues et chirurgiens. Leur but : traiter en moins de 2 heures. Dans les centres qui les ont, le délai pour faire la CTA est passé de 127 à 43 minutes. La mortalité est tombée de 8,2 % à 3,1 %.

On utilise aussi de l’intelligence artificielle. Un algorithme nommé PE-Flow analyse les scanners et repère les caillots avec 93,7 % de précision. Il ne remplace pas le radiologue, mais il le soutient, surtout la nuit ou quand il y a trop de cas.

Et les seuils de D-dimère ont été ajustés. Pour les plus de 50 ans, on ne prend plus 500 ng/mL comme seuil. On ajoute 10 ng/mL par année d’âge. Un patient de 70 ans a un seuil de 700 ng/mL. Cela réduit les examens inutiles de 36 %. Moins de scanners, moins de stress, moins de coûts.

Représentation schématique d&#039;un poumon bloqué par un caillot, avec des figures médicales et un algorithme d&#039;IA en train de réagir.

Que faire si vous suspectez une embolie ?

Si vous ou un proche avez :

  • Un essoufflement soudain, sans cause
  • Une douleur thoracique qui empire en respirant
  • Une jambe enflée et douloureuse
  • Des vertiges ou une perte de connaissance

Ne cherchez pas sur Google. Ne prenez pas de comprimés. Ne vous dites pas « ça va passer ».

Allez directement aux urgences. Dites clairement : « Je pense à une embolie pulmonaire. » Donnez les symptômes exacts. Mentionnez tout antécédent de caillot, de chirurgie, de cancer, ou d’immobilisation récente. Si vous avez déjà eu une embolie, dites-le. Si vous prenez des contraceptifs hormonaux, dites-le. Chaque détail compte.

Le traitement commence par des anticoagulants - des médicaments qui empêchent le caillot de grossir. Dans les cas graves, on peut le dissoudre avec des médicaments ou le retirer chirurgicalement. Mais tout dépend de la rapidité avec laquelle on agit.

Et après ?

Une fois guéri, vous devrez prendre des anticoagulants pendant plusieurs mois, voire toute la vie, selon les causes. Vous devrez surveiller votre jambe. Vous devrez bouger, même peu. Marcher 30 minutes par jour réduit le risque de récidive. Vous ne devez pas voyager en avion sans précautions. Vous ne devez pas arrêter vos médicaments sans avis médical.

La mortalité a baissé de 8,5 % en 2015 à 5,2 % en 2022. Ce n’est pas un miracle. C’est le résultat d’un diagnostic plus rapide, de protocoles mieux organisés, et de médecins qui apprennent à écouter. Votre voix, votre description des symptômes, votre histoire - c’est ce qui sauve des vies.

Ne minimisez pas un essoufflement soudain. Il ne s’agit pas de « stress » ou de « mauvaise forme ». C’est peut-être votre corps qui crie pour qu’on l’écoute. Et il faut répondre - vite.