Cancers liés au VPH : gorge, anus et prévention

Cancers liés au VPH : gorge, anus et prévention
16 nov., 2025
par Jacqueline Bronsema | nov., 16 2025 | Santé & Bien-être | 9 Commentaires

Le VPH, un virus bien plus dangereux qu’on ne le pense

La plupart des gens pensent que le virus du papillome humain (VPH) est juste un problème de verrues génitales. Ce n’est pas vrai. Le VPH cause des cancers - et pas seulement du col de l’utérus. Chaque année aux États-Unis, plus de 47 000 nouveaux cas de cancer sont directement liés au VPH. En Europe, ce sont près de 67 500 cas. Parmi eux, les cancers de la gorge et de l’anus augmentent rapidement, surtout chez les hommes. Et pourtant, la plupart des gens ne savent pas que ces cancers sont évitables.

Le VPH n’est pas une infection rare. Près de 80 % des personnes sexuellement actives en contracteront au moins un type à un moment de leur vie. La plupart du temps, le corps s’en débarrasse seul. Mais certains types, surtout le VPH 16 et le VPH 18, persistent. Et quand ils persistent, ils peuvent transformer des cellules normales en cellules cancéreuses. C’est ce qui se passe dans la gorge, l’anus, le col de l’utérus, le vagin, le vulve ou le pénis.

Le cancer de la gorge : le plus grand risque aujourd’hui

Le cancer oropharyngé - c’est-à-dire le cancer de la gorge, des amygdales ou de la base de la langue - est devenu le cancer le plus fréquent lié au VPH aux États-Unis. Il touche surtout les hommes. En 2023, les cancers de la gorge causés par le VPH étaient plus nombreux que les cancers du col de l’utérus chez les hommes. Et cette tendance continue d’augmenter : chaque année, leur nombre grimpe de 2,7 %.

Pourquoi les hommes ? Les chercheurs pensent que cela vient de changements dans les pratiques sexuelles, notamment le contact oral avec des partenaires infectés. Le VPH 16 est responsable de 85 % de ces cancers. Ce n’est pas une question de tabac ou d’alcool - même les personnes qui ne fument pas et ne boivent pas peuvent en être atteintes.

Les symptômes sont souvent discrets au début : une douleur persistante à la gorge, une voix rauque qui ne passe pas, une boule au cou, ou des difficultés à avaler. Beaucoup de patients ne consultent qu’après plusieurs mois, quand le cancer est déjà avancé. Le traitement implique souvent la radiothérapie, la chimiothérapie, ou une chirurgie complexe. Certains survivants perdent leur voix, doivent manger par sonde pendant des mois, ou subissent des séquelles permanentes. Le coût médical moyen d’un seul cas de cancer de la gorge lié au VPH dépasse 198 000 dollars.

Le cancer de l’anus : un cancer oublié, mais en hausse

Le cancer de l’anus est l’un des cancers les plus sous-estimés. Il est causé à 91 % par le VPH, principalement les types 16 et 18. Les taux ont augmenté de 1,8 % par an depuis 2004 aux États-Unis. Il touche davantage les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les personnes vivant avec le VIH, et les femmes ayant déjà eu des lésions du col de l’utérus.

Les signes ? Des saignements anaux, des démangeaisons persistantes, une masse près de l’anus, ou une douleur anale. Beaucoup de gens hésitent à consulter par honte ou parce qu’ils pensent que c’est une hémorroïde. Mais un simple examen anal, comme un frottis ou une anoscopie, peut détecter les lésions précancéreuses. Malheureusement, il n’existe pas de dépistage systématique comme pour le col de l’utérus. C’est pourquoi la prévention par la vaccination est cruciale.

Adolescents recevant le vaccin contre le VPH dans une clinique scolaire, avec une infirmière souriante.

La vaccination : la seule arme vraiment efficace

Le seul moyen de prévenir ces cancers est la vaccination contre le VPH. Les vaccins actuels - comme Gardasil-9 - protègent contre neuf types de VPH, dont les deux principaux responsables des cancers : le 16 et le 18. Ils empêchent 90 % des cancers du col de l’utérus, 91 % des cancers de l’anus, et environ 70 % des cancers de la gorge liés au VPH.

Les autorités sanitaires recommandent la vaccination dès 11-12 ans, avant tout contact sexuel. Mais elle est efficace jusqu’à 26 ans. Pour les adultes entre 27 et 45 ans, la vaccination peut être discutée avec un médecin, surtout si le risque d’exposition est élevé.

Et pourtant, les taux de vaccination sont encore trop bas. En 2023, seulement 65 % des adolescents aux États-Unis avaient reçu les deux doses nécessaires. En France, la couverture est légèrement meilleure, mais toujours insuffisante. Les parents hésitent souvent à cause de fausses idées : « C’est inutile si mon enfant n’est pas encore sexuellement actif », ou « C’est dangereux ». Des études montrent que 28 % des parents refusent la vaccination par peur des effets secondaires - même si les réactions graves sont extrêmement rares, et que les bénéfices sont clairement prouvés depuis plus de 15 ans.

Des programmes comme celui de Rhode Island ont montré qu’en mettant la vaccination à l’école, les taux peuvent passer de 53 % à 84 % en six ans. Résultat : une baisse de 22 % des lésions précancéreuses du col de l’utérus chez les adolescentes.

Le dépistage : pour les femmes, c’est encore vital

Si la vaccination protège, le dépistage sauve. Pour les femmes de 25 à 65 ans, trois options existent : un test HPV tous les 5 ans, un test HPV combiné au frottis tous les 5 ans, ou un frottis seul tous les 3 ans. Le test HPV est désormais la méthode recommandée car il détecte mieux les risques à long terme.

Les femmes qui ont été vaccinées doivent quand même se faire dépister. La vaccination ne protège pas contre tous les types de VPH, et certaines femmes ont été exposées avant la vaccination. Le dépistage régulier permet de traiter les lésions avant qu’elles ne deviennent cancer. Et ce n’est pas une question de « mauvaise moralité » - c’est une question de santé publique.

Examen anal en milieu médical doux, avec une lumière douce mettant en valeur la détection précoce.

Les inégalités : qui est le plus touché ?

Les cancers liés au VPH ne touchent pas tout le monde de la même manière. Aux États-Unis, les hommes blancs non hispaniques ont les taux les plus élevés de cancer de la gorge lié au VPH. Chez les femmes, les Amérindiennes et les femmes blanches non hispaniques ont les taux les plus élevés de cancer du col de l’utérus. Les populations d’origine asiatique ou pacifique ont les taux les plus bas - mais cela ne signifie pas qu’elles sont à l’abri.

Les personnes vivant en zones rurales ont moins accès à la vaccination et au dépistage. Dans les zones rurales, il y a 32 % moins de points de vaccination qu’en ville. Les personnes LGBTQ+ et celles vivant avec le VIH sont aussi plus exposées, et souvent moins bien suivies.

La stigmatisation joue aussi un rôle. Beaucoup de patients se sentent coupables, comme s’ils avaient « mérité » ce cancer. Or, le VPH est aussi commun que le rhume. Presque tout le monde le contracte. Ce n’est pas une question de nombre de partenaires ou de comportement. C’est un virus. Et il faut arrêter de le traiter comme une faute.

Quel avenir pour la prévention ?

Le monde s’engage. L’OMS a lancé un plan : 90 % des filles vaccinées avant 15 ans, 70 % des femmes dépistées à 35 et 45 ans, et 90 % des lésions traitées. Si on y arrive, le cancer du col de l’utérus pourrait disparaître comme problème de santé publique d’ici 2050.

Des innovations arrivent : des tests auto-samplés pour le VPH, qui permettent aux femmes de se prélever elles-mêmes à la maison, ont augmenté la participation au dépistage de 24 %. Des vaccins thérapeutiques, qui ciblent les cellules déjà infectées, sont en phase d’essais. Ils pourraient un jour traiter les lésions précancéreuses sans chirurgie.

Le marché des vaccins VPH va doubler d’ici 2028, passant de 4,8 à 10,3 milliards de dollars. Mais le vrai gain ne sera pas financier : ce sera le nombre de vies sauvées. Si 80 % des adolescents sont vaccinés, 21 000 cancers par an pourraient être évités aux États-Unis. En Europe, ce serait des milliers de vies aussi.

Que faire maintenant ?

Si vous avez un enfant âgé de 11 à 12 ans : faites-le vacciner. Ce n’est pas une décision pour demain. C’est une protection pour toute sa vie.

Si vous êtes adulte entre 27 et 45 ans : parlez-en à votre médecin. La vaccination peut encore avoir un effet, surtout si vous n’avez jamais été exposé aux types protégés.

Si vous êtes une femme de 25 à 65 ans : faites votre dépistage. Pas tous les ans, mais tous les 5 ans avec le test HPV. C’est plus efficace, moins fréquent, et moins stressant.

Si vous avez des symptômes persistants - gorge qui ne va pas, saignement anal, boule au cou - ne les ignorez pas. Consultez. Un diagnostic précoce change tout.

Le VPH n’est pas une maladie honteuse. C’est un virus. Et les cancers qu’il cause ne sont pas une fatalité. Ils sont évitables. La science a les outils. Ce qu’il faut, c’est agir - ensemble.

Le VPH cause-t-il vraiment le cancer de la gorge ?

Oui. Le VPH, en particulier le type 16, est responsable de 70 % des cancers de la gorge aux États-Unis. Il est maintenant la cause la plus fréquente de ce type de cancer chez les hommes, surpassant même le tabac et l’alcool comme facteur principal. Ce cancer est appelé « oropharyngé » et touche les amygdales et la base de la langue.

La vaccination contre le VPH protège-t-elle les garçons ?

Oui. La vaccination protège les garçons contre les cancers de l’anus, du pénis, et de la gorge causés par le VPH. Elle réduit aussi la transmission du virus aux partenaires. Les garçons vaccinés contribuent à la protection collective. En France, la vaccination est recommandée pour les garçons et les filles à partir de 11 ans.

Faut-il se faire dépister si on est vacciné ?

Pour les femmes, oui. Le vaccin ne protège pas contre tous les types de VPH, et certaines personnes ont été exposées avant la vaccination. Le dépistage du col de l’utérus reste essentiel. Pour les hommes, il n’existe pas de dépistage standard, ce qui rend la vaccination encore plus importante.

Le VPH est-il transmis uniquement par les rapports sexuels ?

Principalement, oui. Le VPH se transmet par contact peau à peau, notamment lors de rapports vaginaux, anaux ou oraux. Il peut aussi se transmettre par le contact avec des zones infectées, même sans pénétration. Il n’est pas transmis par les toilettes, les serviettes ou les piscines.

Les vaccins contre le VPH sont-ils sûrs ?

Oui. Plus de 15 ans d’études sur des millions de personnes montrent que les vaccins contre le VPH sont très sûrs. Les effets secondaires les plus courants sont une douleur au bras ou une légère fièvre. Les réactions graves sont extrêmement rares. Les bénéfices dépassent largement les risques.

Pourquoi les taux de cancer de la gorge augmentent-ils alors que le cancer du col de l’utérus diminue ?

Parce que les programmes de dépistage du col de l’utérus (frottis, test HPV) ont permis de détecter et traiter les lésions précoces. Mais il n’existe pas de dépistage pour le cancer de la gorge. La vaccination a été plus lentement adoptée chez les garçons, et le VPH se transmet facilement par les rapports oraux. Sans dépistage, les cancers de la gorge progressent en silence.

Quelle est la différence entre le vaccin Gardasil-9 et les anciens vaccins ?

Gardasil-9 protège contre neuf types de VPH, dont les deux principaux (16 et 18) et cinq autres qui causent 90 % des cancers liés au VPH. Les anciens vaccins (comme Cervarix) ne protégeaient que contre deux ou quatre types. Gardasil-9 est désormais le seul vaccin utilisé dans la plupart des pays, y compris en France.

Peut-on attraper le VPH même avec un seul partenaire ?

Oui. Le VPH est si courant qu’une seule exposition suffit pour être infecté. Il ne dépend pas du nombre de partenaires, mais de l’exposition à une personne infectée. La majorité des personnes infectées ne le savent même pas, car elles n’ont aucun symptôme.

9 Commentaires

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    Emmanuelle Svartz

    novembre 17, 2025 AT 04:10

    Je vois pas l’intérêt de vacciner les gosses contre un truc qu’ils n’ont pas encore. C’est de la prévention à l’aveugle.

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    elisabeth sageder

    novembre 17, 2025 AT 13:37

    Je suis infirmière et j’ai vu des jeunes de 18 ans avec des lésions précancéreuses à cause d’un VPH non dépisté. La vaccination à 11 ans, c’est pas une mode, c’est une sauvegarde de vie. On a les outils, on les utilise pas. C’est triste.

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    Gert-jan Dikkescheij

    novembre 18, 2025 AT 22:24

    Le truc qui me frappe, c’est qu’on parle du cancer du col comme si c’était le seul lien avec le VPH. Mais le cancer de la gorge, c’est la bombe à retardement. Des mecs en pleine forme, 35 ans, pas fumeurs, pas buveurs, et d’un coup une boule au cou. Rien à voir avec le style de vie. C’est juste un virus qui a eu de la chance. Et la vaccination, c’est la seule barrière. Pourquoi on attend que ça devienne une épidémie pour agir ?

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    Arnaud HUMBERT

    novembre 20, 2025 AT 06:04

    Je suis père de deux garçons. J’ai fait vacciner les deux à 12 ans. Personne ne m’a parlé de ça à l’école, j’ai dû chercher moi-même. Maintenant, je dis à tout le monde : si tu hésites, lis les études. Pas les blogs, les vraies études. C’est comme le vaccin contre l’hépatite B. On a attendu trop longtemps, on a perdu des gens. On peut pas répéter l’erreur.

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    Margaux Bontek

    novembre 21, 2025 AT 06:37

    En Afrique de l’Ouest, les filles n’ont pas accès au dépistage. Mais ici, en France, on discute encore si on doit vacciner les garçons. On a les moyens, on a les données. Pourquoi on bloque sur la peur plutôt que sur la science ? La stigmatisation, c’est ce qui tue plus que le virus.

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    Isabelle B

    novembre 21, 2025 AT 10:13

    Vous oubliez que les vaccins sont faits par des multinationales qui veulent faire du fric. Et que le VPH, c’est un truc naturel. On devrait arrêter de tout vacciner et apprendre à vivre avec la nature.

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    Jean-françois Ruellou

    novembre 22, 2025 AT 22:11

    Les données sont claires : 90 % des cancers du col, 91 % des cancers de l’anus, 70 % des cancers de la gorge évitables par un vaccin à 2 doses. Et vous, vous préférez jouer à la roulette russe avec la santé de vos gosses ? C’est pas une question d’idéologie, c’est de la biologie. Le VPH 16 est un carcinogène de classe 1. Ça veut dire que c’est aussi dangereux que le tabac. Et vous vous en foutez ?

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    Thomas Sarrasin

    novembre 23, 2025 AT 12:38

    Je comprends les craintes, mais la peur de l’inconnu ne doit pas bloquer la science. J’ai vu un ami perdre sa voix à cause d’un cancer de la gorge lié au VPH. Il avait 32 ans. Il ne s’est jamais fait vacciner parce que « c’était pour les filles ». Il a eu tort. Et maintenant, il ne peut plus parler normalement. La vaccination, c’est pas un choix, c’est un réflexe.

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    Teresa Jane Wouters

    novembre 24, 2025 AT 19:26

    Et si c’était une manipulation pour vendre plus de vaccins ? Et si les cancers augmentaient parce qu’on les dépiste mieux ? Et si le VPH était un mythe inventé par l’industrie pharmaceutique pour remplacer les vaccins contre la grippe ? Je ne crois pas tout ce qu’on nous dit. La vérité, c’est qu’on nous ment depuis des années.

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